Voici maintenant ce qu'on a cru pouvoir faire pour le présenter au public sous une forme plus agréable.
L'ouvrage de l'abbé Prévost est de seize volumes in-4o, en y comprenant la table générale des matières qui fait le seizième. Depuis sa mort, on a imprimé un supplément en un volume, une suite de deux nouveaux volumes, composés par MM. Querlon et de Leyre, et un vingtième volume qui comprend le premier voyage de Cook autour du monde, ainsi que les expéditions du même genre qui l'avaient précédé. On peut juger de la réduction qu'on a crue nécessaire, et du nombre des superfluités qui ont paru devoir être élaguées, puisque dans cette nouvelle édition les vingt tomes in-4o sont réduits à vingt-quatre volumes in-8o, dans lesquels même on a compris tous les voyages autour du monde entrepris et exécutés jusqu'à nos jours[2]; ceux qu'on a tentés dans la mer du Sud, pour la découverte des terres Australes, et dans la mer du Nord pour chercher un passage dans l'Océan oriental, prodiges d'audace et de constance, qui semblent le dernier effort des lumières et des forces de l'homme, et qui doivent immortaliser les noms des Cook, des Banks, des Solander, des Bougainville, des Wallis, des Byron, des Phips, etc.
On voit que, dans cette dernière partie, on n'a point travaillé d'après l'abbé Prévost; mais on a cru nécessaire de la traiter, pour compléter l'Abrégé de l'Histoire générale des Voyages, et conduire le lecteur au même terme où sont parvenues en ce genre les entreprises et les connaissances de notre siècle.
Il reste à exposer la méthode qu'on a suivie dans la composition de cet Abrégé. D'abord on a voulu rendre propre à toutes les classes de lecteurs un livre qui est en effet de nature à être lu par quiconque veut s'amuser ou s'instruire. On a donc supprimé tout ce qui n'était fait que pour occuper un petit nombre d'hommes, et pour ennuyer le plus grand nombre. Tout ce qui s'appelle Journal de navigation a été retranché; toutes les répétitions, toutes les superfluités, toutes les circonstances indifférentes, toutes les aventures vulgaires; voilà ce qu'on a fait disparaître.
On a tâché ensuite de mettre le plus d'ordre et de clarté qu'il a été possible dans la distribution des différens voyages, de manière qu'on ne perdît pas un pays de vue sans avoir appris tout ce qu'il pouvait offrir de curieux et d'intéressant. Dans la partie descriptive, on a classé les articles généraux de manière que l'un ne se confondît jamais avec l'autre.
On s'est efforcé d'ailleurs de mettre dans cette méthode toute la variété dont elle était susceptible, en plaçant, toutes les fois qu'on l'a pu sans blesser l'ordre, un voyage d'aventures après des descriptions de mœurs et de lieux. Cette partie romanesque des voyages, quelquefois supérieure à tous les romans pour l'intérêt et le merveilleux, est fait pour reposer l'attention du lecteur en flattant son imagination.
Quand un voyageur, qui s'est vu dans des situations extraordinaires, raconte lui-même, on s'est bien gardé de prendre sa place: on l'a laissé parler sans rien changer, rien ajouter à son récit. On ne remplace pas ce ton de vérité, cette expression naïve que donne le souvenir d'un grand péril à l'homme qui s'y est trouvé, à celui dont l'âme, après avoir été fortement ébranlée, retentit, pour ainsi dire, encore long-temps de l'impression qu'elle a reçue.
On n'a fait non plus que très-peu de changemens dans les descriptions de lieux et de mœurs, dans les détails physiques: d'abord pour n'en pas altérer la vérité, ensuite parce que la diction de l'abbé Prévost, toutes les fois que le sujet ne demande pas de l'élévation, a de la pureté et de la clarté. Mais on y a joint autant qu'on l'a pu cette philosophie qui lui manque absolument, et qui doit être l'âme d'un ouvrage de cette espèce; car que sert-il de promener le lecteur d'un bout du globe à l'autre, si ce n'est pour le faire penser et pour penser avec lui?
On n'entend point par philosophie ces spéculations audacieuses et destructives qui attaquent tout pouvoir et tout principe, et qui ne sont que l'abus de la philosophie, comme le fanatisme est l'abus de la religion; mais cette morale pure et universelle, qui n'est dictée et sentie que par le cœur, qui ne cherche dans toutes les connaissances que l'homme peut acquérir que de nouveaux rapports faits pour l'attacher à ses semblables, et qui lui apprend sans cesse ce qu'il est pour les autres, et ce que les autres sont pour lui.
À l'égard des observations physiques sur les climats et les productions, on les a restreintes à ce qu'il y a de plus avéré et de plus remarquable. On a voulu que chaque lecteur trouvât dans ce livre ce que lui-même observerait avec plaisir en voyageant.