Le marquis das Minhas a formé aussi des plantations de coton qu'on cultive avec soin, et des manufactures dont il sort de bonnes étoffes. L'arbuste qui produit le coton est à peu près de la grosseur d'un rosier, mais s'étend beaucoup davantage. Ses feuilles sont d'un vert d'herbe, et ressemblent à l'épinard. La fleur est d'un jaune pâle. Lorsqu'elle tombe, il lui succède un péricarpe, où le coton est renfermé dans trois cellules, et qui contient aussi la semence, qui est noire et de forme ovale, de la grosseur à peu près d'un haricot.
Les vallées de l'île Saint-Antoine sont couvertes de bois. Entre plusieurs sortes d'arbres, on y trouve en abondance le dragonnier.
Les ânes et les porcs y sont non-seulement en grand nombre, mais plus grands et plus forts que dans les autres îles du cap Vert. Les vaches n'y sont pas moins communes, et les montagnes sont remplies de chèvres sauvages.
Sur une des montagnes de l'île, on trouve une pierre transparente, que les habitans appellent topaze; mais Froger, qui en parle, n'ose assurer que ce soit la véritable pierre de ce nom.
L'île de Saint-Antoine, à l'époque où écrivait Roberts, appartenait au marquis das Minhas, qui envoyait tous les ans un vaisseau aux îles du cap Vert pour apporter en Portugal les revenus de son domaine. Il jouissait des principales richesses de l'île; c'est-à-dire que les vaches, les chèvres sauvages, le sang-de-dragon, les pierres précieuses, le beurre d'or et l'ambre gris étaient à lui sans partage. Il y a des peines rigoureuses pour ceux qui seraient convaincus d'avoir caché de l'ambre gris. Cependant Roberts observe qu'avec un peu de connaissance de la langue du pays, il n'est pas difficile d'obtenir des habitans, à fort bon marché, tout ce que l'île produit. On envoie tous les ans au roi de Portugal une certaine quantité de beurre d'or. Ce beurre d'or est une substance grasse et concrète. On la tire par incision d'une espèce de palmier qui croît dans la partie de l'Afrique occidentale voisine du Rio-Grande. On emploie cette substance dans les affections rhumatismales; on en frotte la partie malade, qui en éprouve du soulagement.
On assure dans l'île qu'il s'y trouve une mine d'argent, mais que, dans la crainte que le roi ne s'en saisisse, le marquis das Minhas diffère toujours à la faire ouvrir. On ajoute qu'un particulier, qui s'était retiré dans les montagnes pour y mener la vie érémitique, en tira de l'or jusqu'à la charge d'un âne.
Froger dit que les Portugais de Saint-Antoine, comme ceux des autres villes, sont d'une couleur sombre et basanée, mais qu'ils ont le caractère fort doux et fort sociable. Roberts confirme cet éloge. Il nous apprend que leur île est une espèce de magasin d'esclaves. Dans le temps, dit-il, que les Portugais faisaient le commerce des esclaves pour l'Espagne, le marquis das Minhas fit acheter en Guinée une cargaison de Nègres, et les établit à ses frais dans son île, où ils apprirent bientôt des Nègres libres du pays la manière de former des plantations et de fournir à leur propre entretien. Ces esclaves multiplièrent si vite, que, sans compter ceux que le marquis fit transporter en Portugal et au Brésil, ils font les quatre cinquièmes des habitans, dont le nombre total monte à deux mille cinq cents. Ils ont non-seulement leurs maisons et leurs femmes comme les Nègres libres, mais encore des biens qu'ils cultivent pour eux-mêmes, avec la dépendance naturelle du seigneur, sous l'autorité d'un inspecteur, qui est ordinairement un Portugais européen, et qui porte le titre de capitaine more. Ainsi l'île est divisée en deux sortes de Nègres, entre lesquels il s'élève quelquefois des querelles dont la fin est toujours sanglante. Les Nègres libres font valoir leur liberté. Les autres leur reprochent de n'être que des fermiers, qui peuvent être déplacés au gré du maître, et fixés même à l'esclavage par la nécessité, ou par la souveraine volonté du marquis. Ces injures se terminent ordinairement par des coups, et les Nègres libres, qui sont fort inférieurs en nombre, ne remportent jamais l'avantage. L'inspecteur même a souvent beaucoup de peine à réprimer l'insolence des esclaves. Mais, comme ils sont plus utiles que les autres à l'intérêt du maître, la faveur penche de leur côté. La liberté n'est bonne qu'à ceux qui la possèdent, et l'esclavage ne pèse qu'à ceux qui le souffrent.
FIN DU PREMIER VOLUME.