Le renard blanc est un autre animal particulier au pays de Bambouk, et qui n'est pas moins ennemi de la volaille que celui de l'Europe; sa couleur est un blanc argenté. Les Nègres en mangent la chair, et vendent la peau aux comptoirs français.
Les pigeons de Bambouk sont tout-à-fait verts, ce qui les fait prendre souvent pour des perroquets. On trouve dans le même pays et dans les régions voisines un animal extraordinaire nommé ghiamala. Il se retire particulièrement à l'est de Bambouk, dans les cantons de Gadda et de Diaka. Ceux qui l'ont vu prétendent qu'il est plus haut de la moitié que l'éléphant, mais qu'il n'approche pas de sa grosseur. On le croît de l'espèce des chameaux, avec lesquels il a beaucoup de ressemblance par la tête et le cou. Il a d'ailleurs deux bosses sur le dos comme le dromadaire; ses jambes sont d'une longueur extraordinaire, ce qui sert encore à le faire paraître plus haut; il se nourrit, comme le chameau, de ronces et de bruyères, aussi n'est-il jamais fort gras; mais les Nègres n'en mangent pas moins la chair lorsqu'ils peuvent le prendre. Cet animal pourrait devenir propre à porter les plus lourds fardeaux, si les Nègres étaient capables de l'apprivoiser. Aucun Européen ne l'a vu. On ne le connaît donc que par les rapports des Nègres, qui mêlent toujours des fables à tout ce qu'ils racontent. Suivant eux, le ghiamala est extrêmement féroce. La nature l'a pourvu de sept petites cornes fort droites, qui, dans leur pleine grandeur, sont longues chacune d'environ deux pieds. Il a la corne du pied noire et semblable à celle du bœuf; sa marche est prompte et se soutient long-temps. C'est probablement la girafe mal décrite.
Quoique le merle blanc passe pour une chimère, il s'en trouve néanmoins de cette couleur dans le pays de Bambouk et de Galam; on y en voit aussi de tachetés. Le monocéros, ou calao, n'y est pas rare; sa grandeur est celle d'un coq ordinaire, et son plumage varié, surtout aux ailes; son bec est long, très-gros, arqué en faux; la partie supérieure surmontée d'une proéminence qui croît avec l'âge, et prend la forme d'un double bec ou d'un casque. Ce bec monstrueux n'est ni fort à proportion de sa grosseur, ni utile à raison de sa structure. Il n'a pas de prise; sa pointe ne peut servir que mollement; sa substance est si tendre, qu'elle se fêle à la tranche par le plus léger frottement; heureusement ces cassures accidentelles se raccommodent tous les ans. La corne du bec repousse d'elle-même à chaque mue de l'oiseau, et cette pousse continuelle rend toujours aux becs leur première forme et leurs dentelures naturelles. Ces oiseaux se tiennent ordinairement en grandes bandes; ils vivent d'insectes, de reptiles, de rats, de souris; mais, avant de manger ces animaux, ils les aplatissent, les amollissent dans leur bec, et les avalent entiers; ils recherchent aussi les charognes, et s'en nourrissent comme les vautours: cependant ils donnent la préférence aux intestins; ils marchent peu et fort mal; ils se tiennent ordinairement sur les grands arbres.
L'abel-mosch, nommé autrement la graine de musc ou l'ambrette (hibiscus abelmoschus), croit en abondance et sans culture dans le pays de Galam. Les Nègres n'en font aucun usage. Leurs femmes même, qui aiment beaucoup les odeurs et qui sont passionnées pour les clous de girofle, dont elles portent des paquets autour du cou, négligent cette graine, pour la seule raison, peut-être, qu'elle est fort commune; car, lorsqu'elle est cueillie avec soin, elle rend une odeur de musc fort agréable. Il est vrai que cette odeur, se dissipe; mais elle peut être renouvelée avec de la graine fraîche.
Lorsque l'ambrette se trouve dans un riche terroir, et qu'elle rencontre un arbre auquel elle puisse s'attacher, elle s'élève jusqu'à six ou sept pieds de hauteur; sans ce secours, elle rampe sur la terre, et ne s'élève à la fin que d'environ deux pieds. Cette plante est velue dans plusieurs de ses parties; ses feuilles sont dentelées; et quoique l'échancrure ne soit pas fort profonde, elle forme des angles si aigus, qu'on les croirait capables de piquer. Leur couleur est un vert brillant au-dessus, et plus pâle au-dessous. Ses fleurs, semblables à celles de l'arbrisseau connu sous le nom d'althea des jardiniers ou de mauve en arbre, sont d'un jaune d'or fort brillant, avec le fond pourpre. Il leur succède des capsules pyramidales, à cinq angles, d'abord d'un vert pâle, ensuite brun et presque noir dans sa maturité. Ce fruit contient quatre petites semences grises, plates d'un côté, et d'une odeur d'ambre qui est fort agréable. On accuse nos parfumeurs de s'en servir pour falsifier leur musc.
Entre les curiosités du pays de Bambouk, Brue reçut de marchands mandingues plusieurs calebasses remplies d'une certaine graisse qui, sans être aussi blanche que celle du mouton, avait la même consistance. On la nomme bataule dans le pays; les Nègres qui sont plus bas sur la rivière, lui donnent le nom de Bambouk toulou, ou beurre de Bambouk, parce qu'elle leur vient de cette contrée: c'est un admirable présent de la nature. Cependant on assure que la meilleure vient de Ghiaora, sur les bords du Sénégal, trois cents lieues à l'est de Galam. L'arbre qui produit le fruit d'où l'on tire cette graisse est d'une grosseur médiocre; les feuilles sont petites, rudes et en fort grand nombre; si on les presse entre les doigts, elles rendent un jus huileux; les incisions qu'on fait au tronc de l'arbre en tirent la même liqueur, mais en moindre quantité. On n'en connaît pas d'autre propriété, parce que les Maures et les Nègres s'attachent plus au commerce de leur beurre qu'à l'étude de l'arbre qui le produit. Cependant on sait d'eux que le fruit en est rond, de la grosseur d'une noix, et couvert d'une coque, avec une petite peau sèche et brillante; il est d'un blanc rougeâtre, et ferme comme le gland, huileux et d'une odeur aromatique; son noyau est de la grosseur d'une muscade, et fort dur; mais l'amande qu'il contient a le goût d'une noisette. Les Nègres sont passionnés pour ce fruit: après en avoir séparé une partie, qui tient de la nature du suif, ils pilent le reste et le mettent dans l'eau chaude: il s'en forme une graisse qui surnage; c'est ce qui leur tient lieu de beurre ou de lard avec leurs légumes, et quelquefois sans aucun mélange. Les blancs qui en mangent sur le pain ou dans les sauces ne le trouvent pas différent du lard, à la réserve d'une petite âcreté qui n'est pas désagréable. Brue paraît persuadé que l'usage de cette graisse est fort sain; les Nègres l'emploient d'ailleurs avec succès pour la guérison des rhumatismes, des sciatiques, des douleurs de nerfs et des autres maladies de cette nature; ils la préfèrent beaucoup à l'huile de palmier: leur méthode est d'en frotter devant le feu les parties attaquées, pour y faire pénétrer la graisse autant qu'il est possible, de les couvrir ensuite avec du papier gris le plus doux, et de les tenir chaudement sous quelque drap fort épais.
Nous joindrons à ce chapitre un fragment historique qu'on ne lira pas sans quelque intérêt; ce sont les aventures d'un prince nègre que le hasard fit tomber dans l'esclavage, et dont l'histoire écrite en anglais par Bluet, qui avait été un de ses intimes amis en Amérique et en Angleterre, est confirmée par des témoignages irrécusables. Il s'appelait Eyoub Ibn Souleyman; ou Job ben Salomon. Son père était à la fois prince et alfa, ou grand-prêtre de Bounda, suivant l'usage d'Afrique, qui réunit souvent ces deux qualités. Bounda est une dépendance du royaume de Foula, situé entre la rivière de Falémé et la Gambie. Job n'eut pas plus tôt atteint sa quinzième année, qu'il assista son père en qualité d'iman ou de sous-prêtre. Il se maria dans le même temps à la fille de l'alfa de Tombaoura, qui n'avait alors que onze ans. À treize, elle lui donna un fils qui fut nommé Abdalla, et deux autres ensuite, qui reçurent le nom d'Ibrahim et de Sambo. Deux ans avant sa captivité, il prit une seconde femme, fille de l'alfa de Tomga, de qui il eut une fille nommée Fatime. Ses deux femmes et ses quatre enfans étaient en vie lorsqu'il partit de Bounda.
Plusieurs de ces brigands se jetèrent sur lui et le chargèrent de liens.