Il ne mangeait la chair d'aucun animal, s'il ne l'avait tué de ses propres mains. Cependant il ne faisait pas difficulté de manger du poisson; mais il ne voulait jamais toucher à la chair de porc.

Pour un homme qui avait reçu son éducation en Afrique, les Anglais jugèrent que son savoir n'était pas méprisable. Il leur rendit compte des livres de son pays. Leur nombre ne surpasse pas trente. Ils sont écrits en arabe, et la religion seule en fait la matière. Job savait fort bien la partie historique de la Bible. Il parlait respectueusement des vertueux personnages qui sont nommés dans l'Écriture sainte, surtout de Jésus-Christ, qu'il regardait comme un prophète digne d'une plus longue vie, et qui aurait fait beaucoup de bien dans le monde, s'il n'eût péri malheureusement par la méchanceté des Juifs. Mahomet, disait-il, fut envoyé après lui pour confirmer et perfectionner sa doctrine. Enfin Job se comparait souvent à Joseph, fils du patriarche Jacob; et lorsqu'il eut appris que, pour le venger, Sambo, roi de Foula, avait déclaré la guerre aux Mandingues, il protesta qu'il aurait souhaité pouvoir l'empêcher, parce que ce n'étaient pas les Mandingues, mais Dieu qui l'avait envoyé dans une terre étrangère.

Son historien joint ici quelques détails sur le pays de ce prince.

Les esclaves du pays de Bounda, et la plus vile partie du peuple, y sont employés à cultiver la terre, à préparer le blé, le pain et les autres alimens. L'agriculture est pour eux un exercice fort pénible, parce qu'ils n'ont pas d'instrumens propres à labourer la terre, ni même à couper les grains dans leur maturité. Ils sont obligés, pour faire leur moisson, d'arracher le blé avec les racines; et pour le réduire en farine, ils le broient entre deux pierres avec les mains. Leur travail n'est pas moins pénible pour transporter et pour bâtir; car tout s'exécute à force de bras.

Les personnes de distinction qui se piquent de lecture et d'étude n'ont pas d'autres lumières pendant la nuit que celle de leur feu. Cependant c'est le temps de l'obscurité qu'ils emploient à cet exercice, parce que, dans les principes du pays, le jour est pour l'usage de ce qu'on sait, et la nuit pour s'instruire. Une partie des habitans s'occupe de la chasse, surtout de celle des éléphans, et fait un commerce d'ivoire assez considérable. Job racontait qu'un de ses gens, accoutumé à la chasse, avait vu un éléphant surprendre un lion, le porter près d'un bois, fendre un arbre, mettre la tête de son ennemi entre les deux parties du tronc, et le laisser dans cet état pour y périr. Quoique ce récit paraisse fabuleux, il est rendu plus vraisemblable par un autre exemple dont Job avait été témoin lui-même. Un jour qu'il était à la chasse, il vit un éléphant transporter un lion dans un endroit marécageux, et lui tenir la tête enfoncée dans la boue pour l'étouffer. En supposant la vérité de ces deux faits, il faut conclure que le lion et l'éléphant se portent une haine mortelle.

Le poison dans lequel les Nègres trempent leurs flèches est le suc d'un certain arbre dont les qualités sont si malignes, qu'en peu de temps le sang se trouve infecté par la moindre blessure, et l'animal le plus vigoureux devient stupide et perd le sentiment; ce qui n'empêche pas les habitans de manger la chair des animaux qu'ils tuent avec leurs flèches. Aussitôt qu'ils les voient tomber, ils s'approchent et leur coupent la gorge: cette opération fait sortir apparemment le poison avec le sang. Les hommes qui sont blessés des mêmes flèches se guérissent avec une herbe dont la vertu est infaillible, lorsqu'elle est immédiatement appliquée sur la blessure. L'auteur prend ici l'occasion d'assurer, comme le fruit particulier de son expérience et de ses lumières, 1º que, dans tous les pays qui produisent des bêtes féroces, il ne s'en trouve pas qui attaquent volontairement l'homme, si elles trouvent le moyen de s'échapper par la fuite; 2º qu'il n'y a pas de poison violent, de quelque espèce qu'on le suppose, qui n'ait son antidote; et que généralement la nature a placé l'antidote près du poison. Cette dernière assertion paraît plus fondée que l'autre; je crois qu'il sera toujours fort peu sûr de rencontrer un lion ou un tigre quand il aura faim. Le loup, naturellement timide, attaque l'homme quand il n'a trouvé ni proie ni nourriture; et les singes, quand ils se sentent les plus forts, se jettent sur le voyageur par un instinct de férocité.

Les mariages, dans le pays de Job, se font avec peu de formalités. Lorsqu'un père est résolu de marier son fils, il fait ses propositions au père de la fille; elles consistent dans l'offre d'une certaine somme que le père du mari doit donner à la femme pour lui servir de douaire. Si cette offre est acceptée, les deux pères et le jeune homme se rendent chez le prêtre, déclarent leur convention, et le mariage passe aussitôt pour être conclu; il ne reste qu'une difficulté, qui consiste à tirer l'épouse de la maison paternelle. Tous ses cousins s'assemblent devant la porte pour en disputer l'entrée, mais le mari trouve le moyen de se les concilier par des présens. Il fait paraître alors un de ses parens, bien monté, avec la commission de lui amener sa femme à cheval; mais à peine est-elle en croupe, que les femmes commencent leurs lamentations et s'efforcent de l'arrêter. Cependant les droits du mari l'emportent; il reçoit celle qui doit être la compagne de sa vie. Il fait éclater sa joie par les festins qu'il donne à ses amis. Les réjouissances durent plusieurs jours; sa femme est la seule qui n'y est point appelée: elle n'est vue de personne, pas même de son mari, aux yeux duquel la loi veut que pendant trois ans elle paraisse toujours voilée. Ainsi Job, qui n'en avait passé que deux avec la sienne lorsqu'il tomba dans l'esclavage, et qui avait eu d'elle une fille, ne l'avait point encore vue sans voile. Pour éviter les jalousies et les querelles, les maris font un partage égal du temps entre leurs femmes; et leur exactitude à l'observer va si loin, que pendant qu'une femme est en couches ils passent seuls dans leur appartement toutes les nuits qui lui appartiennent. Ils ont le droit de renvoyer celles qui leur déplaisent, mais en leur laissant la somme qu'elles ont reçue pour dot. Une femme est libre de se remarier après ce divorce, et n'en trouve pas moins l'occasion; au lieu que, si c'est elle qui abandonne son mari, non-seulement elle perd sa dot, mais elle tombe dans un mépris qui lui ôte l'espérance de faire un second mariage.

Outre la circoncision, qui est en usage pour tous les enfans mâles, il y a une sorte de baptême pour les deux sexes. Au septième jour de la naissance, le père, dans une assemblée de parens et d'amis, donne un nom à l'enfant, et le prêtre l'écrit sur un petit morceau de bois poli. On tue ensuite pour le festin une vache ou une brebis, suivant les richesses de la famille; on la mange sur-le-champ, et le reste est distribué aux pauvres. Après quoi, le prêtre lave l'enfant dans une eau pure, transcrit son nom sur un morceau de papier qu'il roule soigneusement, et le lui attache autour du cou pour y demeurer jusqu'à ce qu'il tombe de lui-même.[(Lien vers la table des matières.)]

CHAPITRE III.

Mœurs et usages des Iolofs, des Foulas et des Mandingues. Langage. Religion.