Les Houteniquas sont bordés par les Khamtovères ou les Hamtovers, qui possèdent un territoire fort beau et fort uni. Ses prairies et ses bois qui produisent les plus beaux arbres de toute la région des Hottentots, l'abondance de son gibier et de toutes sortes de bêtes sauvages, enfin la multitude de ses rivières, où l'on trouve diverses espèces de poissons d'eau douce, et quelquefois de mer, entre lesquelles on voit souvent paraître le lamantin, en font un séjour également riche et agréable. Kolbe apprit par de bonnes informations, que plusieurs Européens, en traversant les bois, y avaient trouvé des cerisiers et des abricotiers chargés de fruits, sans avoir rencontré un éléphant ni un buffle, quoique ces deux espèces d'animaux soient fort communs dans tous les autres pays des Hottentots; mais il y a beaucoup d'apparence que les habitans les tuent lorsqu'ils paraissent, ou les chassent de leurs limites. Une troupe de marchands hollandais, qui étaient venus chercher des bestiaux dans cette province, se laissèrent un jour engager dans un bois où les habitans fondirent sur eux avec leurs zagaies et leurs flèches. Ils crurent leur perte inévitable. Cependant, ayant eu le bonheur de se rallier avant d'avoir reçu la moindre blessure, ils firent une décharge qui refroidit l'emportement de leurs ennemis, et qui les força de prendre la fuite. Le jour suivant ces hostilités se terminèrent par un traité d'amitié. Un capitaine des Khamtovères, qui savait quelques mots de hollandais, se remit entre leurs mains avec ce discours. «Nous nous sommes crus supérieurs à toute autre nation par les armes, mais nous reconnaissons que les Hollandais nous ont vaincus, et nous nous soumettons à eux comme à nos maîtres.»

Les Heykoms suivent les Khamtovères au nord-est. Ils habitent un pays fort montagneux, et qui n'a de fertile que ses vallées. Cependant il nourrit un assez grand nombre de bestiaux qui se trouvent fort bien de l'eau saumâtre des rivières et des roseaux qui croissent sur leurs bords. On y voit aussi beaucoup de gibier, et toutes les espèces de bêtes sauvages qui se trouvent autour du Cap; mais la rareté de l'eau douce rend la vie fort dure aux habitans, et les expose à de fâcheuses extrémités. Un officier de la garnison du Cap étant venu les inviter au commerce et leur proposer un traité d'alliance avec les Hollandais, ils acceptèrent ses offres; mais pour première faveur ils lui demandèrent un tambour, avec un chaudron et une poêle de fer qu'ils avaient observés dans son équipage. Ces trois présens leur devinrent fort précieux. Quelque temps après, un parti de flibustiers, accoutumés à piller les Hottentots sous de belles apparences de commerce, leur enlevèrent ces instrumens chéris et quantité de bestiaux. Ils n'ont jamais perdu le soutenir de cette injure. Un Européen qui visite leur pays est sûr de leur entendre rappeler leur infortune, et déplorer la perte de leur tambour, de leur chaudron et de leur poêle.

Au delà des Heykoms on trouve la Tierra de Natal, qui est habitée par les Cafres, nation dont la figure et les mœurs n'ont aucune ressemblance avec celle des Hottentots.

On a remarqué plus haut que les Hollandais ne commencèrent à s'établir au Cap qu'en 1650. Van-Rikbeck, chirurgien hollandais, revenant des Indes orientales, avait observé que le pays était naturellement riche et susceptible de culture, les habitans d'un caractère traitable, et le port sûr et commode. Il exposa ses observations devant les directeurs de la compagnie, qui firent équiper aussitôt trois vaisseaux pour une si belle entreprise, sous la conduite du même chirurgien, après l'avoir nommé gouverneur de ce nouvel établissement. En arrivant au Cap, Van-Rikbeck fit un traité avec les habitans, par lequel ils cédaient aux Hollandais la possession de leur pays pour la somme de quinze mille florins en diverses sortes de marchandises. C'est la première fois que les Européens, abordant sur des côtes lointaines, ont pu se persuader qu'un pays appartenait à ses habitans. Van-Rikbeck commença aussitôt à s'y fortifier par la construction d'un fort carré. Il forma dans l'intérieur du pays, à deux lieues de la côte, un jardin qu'il enrichit des semences de l'Europe. La compagnie hollandaise, pour encourager cette colonie naissante, offrit à tous ceux qui voudraient s'y établir soixante acres de terre par tête, avec droit de propriété et d'héritage, pourvu que, dans l'espace de trois ans, ils se missent en état de pouvoir subsister sans secours et contribuer à l'entretien de la garnison. Elle leur accordait aussi, à l'expiration de ce terme, la liberté de disposer de leurs fonds, s'ils n'étaient pas satisfaits de leur marché ou de la qualité du climat.

Des avantages de cette nature attirèrent au Cap un grand nombre d'aventuriers. Ceux qui manquaient de bestiaux, de grains et d'ustensiles, en reçurent à crédit par les avances de la compagnie. On les pourvut aussi de femmes, qui furent tirées des maisons de charité et des communautés d'orphelines. Ces secours firent multiplier si promptement les fondateurs de la colonie, que dans l'espace de peu d'années ils commencèrent à former de nouvelles habitations au long de la côte.

Le pays que les Hollandais possèdent au Cap comprend toute la côte, depuis la baie de Saldagna, autour de la pointe méridionale de l'Afrique, jusqu'à la baie de Nossel à l'est, et s'étend fort loin dans l'intérieur du pays. La compagnie, dans la vue de s'étendre à mesure que le nombre des habitans pourra croître, a jugé à propos d'acheter aussi, pour la somme de trente mille florins en marchandises, toute la terre de Natal, qui est située entre la terre de Nossel et Mozambique. Une augmentation si considérable a rendu le gouvernement du Cap fort important. L'ancienne possession de la Hollande, sans y comprendre la Tierra de Natal, est divisée en quatre districts: 1o. celui du Cap, où sont les grands forts et la principale ville; 2o. celui de Stellenbosch et de Drakenstein; 3o. celui de Zwellendam; 4o. celui de Graaf-Reynet.

Les montagnes les plus remarquables du district du Cap sont celles de la Table (Tafelberg), du Lion (Leeuwenberg), du Diable (Duivelsberg), et du Tigre. Elles environnent la vallée du même nom où la ville du Cap est située. La plus haute des trois est celle de la Table, que les Portugais nomment Tavao de Cabo. Du centre de la vallée elle regarde le sud, en s'étendant un peu au sud-ouest. Elle a près de six cents toises de hauteur. À quelque distance, le sommet paraît uni comme une table: mais, si l'on y monte, on le trouve inégal et fort raboteux. Quoique fort escarpée, on y monte assez aisément par une grande fente qui est vers le milieu de la montagne. Le pied, jusqu'au tiers à peu près de sa hauteur, est une terre pierreuse couverte de plantes et d'arbrisseaux; le reste n'est qu'un amas de pierres placées par tas exactement horizontaux jusqu'au sommet. La vallée offre de belles maisons de campagne, des vignobles et des jardins dont les principaux appartiennent à la compagnie. L'un se nomme le Jardin du Bois rond, d'un beau bois de ce nom, près duquel les gouverneurs ont une fort jolie maison de plaisance; l'autre, Newland, ou terre nouvelle, parce qu'il est nouvellement planté. Ces deux jardins sont arrosés par quantité de sources qui viennent de la montagne, et rapportent un revenu considérable à la compagnie.

Pendant la saison sèche, depuis le mois de septembre jusqu'au mois de mars, et souvent dans le cours des autres mois, on voit pendre au sommet de cette montagne et de celle du Diable une nuée blanche, qu'on regarde comme la cause des terribles vents sud-est qui se font sentir au Cap. Lorsque les matelots aperçoivent cette nuée, ils disent, comme en proverbe, la table est couverte, ou la nappe est sur la table. Aussitôt ils se mettent à l'ouvrage pour se garantir de la tempête.

La montagne du Lion, qui n'est séparée de la Table que par une petite descente, regarde l'ouest et le centre de la vallée, en s'étendant au nord; elle est baignée par l'Océan. Quelques-uns prétendent qu'elle a tiré son nom de la multitude des lions auxquels elle servait autrefois de retraite. D'autres le tirent de sa forme, qui représente du côté de la mer un lion couché, et la tête levée, comme s'il guettait sa proie; la tête et les pieds de devant regardent le sud-ouest, et le derrière est tourné à l'est. Dans l'intervalle qui est entre cette montagne et celle de la Table on a bâti une cabane où deux hommes font la garde pour donner avis à la forteresse du Cap de l'approche des vaisseaux. Du sommet de la montagne du Lion, qui est si escarpée qu'on est obligé de faire une partie du chemin avec des échelles de corde, on peut découvrir en mer le plus petit bâtiment à douze lieues de distance. Aussitôt que l'un des deux gardes aperçoit un vaisseau, de ce poste il avertit l'autre par le mouvement d'un bâton, et celui-ci donne le même avis à la forteresse, en tirant une petite pièce de canon et déployant le pavillon de la compagnie. S'il paraît plus d'un vaisseau, il tire pour chacun, et présente autant de fois le pavillon. Le bruit de la pièce va jusqu'au fort lorsque le vent est favorable; et pour peu que le temps soit clair, le pavillon n'est pas vu moins aisément. D'un autre côté, on donne les mêmes signaux de l'île de Robben à la vue du moindre vaisseau, de quelque nation qu'il puisse être. Cette île est située à l'entrée du port, à trois lieues de la ville du Cap.

La montagne du Diable, nommée aussi montagne du Vent, n'est séparée de celle du Lion que par un ravin. Elle doit vraisemblablement ses deux noms aux vents du sud-est, qui sont annoncés par la nuée blanche dont on vient de parler. Ces terribles vents sortent de cette nuée comme de l'ouverture d'un sac, avec une si furieuse violence, qu'ils renversent les maisons, et causent mille dommages aux vaisseaux qui sont dans le port, sans épargner davantage les fruits et les moissons. La montagne est moins haute et moins large que celles de la Table et du Lion, mais elle s'étend jusqu'au bord de la mer. Elles forment ensemble un demi-cercle, qui renferme la vallée de la Table.