LE PONTIFE, seul.

O roi, dont le trône sublime brille d'un éclat immortel, avec quelle imposante majesté tu domines dans le vaste empire des airs! Quand tu parais dans ta splendeur, et que tu agites sur ta tête ton diadème étincelant, tu es l'orgueil du ciel et l'amour de la terre. Que sont-ils devenus, ces feux qui parsemaient les voiles de la nuit? Ont-ils pu soutenir un rayon de ta gloire? Si tu ne t'éloignais, pour leur céder la place, ils resteraient ensevelis dans l'abyme de ta lumière; ils seraient dans le ciel comme s'ils n'étaient pas.

CHŒUR DES VIERGES.

O délices du monde! heureuses les épouses qui forment ta céleste cour[23]! que ton réveil est beau! quelle magnificence dans l'appareil de ton lever! quel charme répand ta présence! les compagnes de ton sommeil soulèvent les rideaux de pourpre du pavillon où tu reposes, et tes premiers regards dissipent l'immense obscurité des cieux. O! quelle dut être la joie de la nature, lorsque tu l'éclairas pour la première fois! Elle s'en souvient; et jamais elle ne te revoit sans ce tressaillement qu'éprouve une fille tendre au retour d'un père adoré, dont l'absence l'a fait languir.

[23] Il nous reste une hymne péruvienne, adressée à une fille céleste, qui, dans la mythologie du pays, faisait l'office des Hyades. On va voir dans cette hymne quel était le tour et le caractère de la poésie des Péruviens: «Belle fille, ton malin frère vient de casser ta petite urne, où étaient enfermés l'éclair, le tonnerre et la foudre, et d'où ils se sont échappés. Pour toi, tu ne verses sur nous que la neige et les douces pluies. C'est le soin que t'a confié celui qui régit l'univers.»

LE PONTIFE, seul.

Ame de l'univers! sans toi le vaste océan n'était qu'une masse immobile et glacée; la terre, qu'un stérile amas de sable et de limon; l'air, qu'un espace ténébreux. Tu pénétras les éléments de ta chaleur vive et féconde; l'air devint fluide et subtil, les ondes souples et mobiles, la terre fertile et vivante; tout s'anima, tout s'embellit: ces éléments, qu'un froid repos tenait dans l'engourdissement, firent une heureuse alliance: le feu se glisse au sein de l'onde; l'onde, divisée en vapeurs, s'exhale et se filtre dans l'air; l'air dépose au sein de la terre les germes précieux de la fécondité; la terre enfante et reproduit sans cesse les fruits de cet amour, sans cesse renaissant, que tes rayons ont allumé.

CHŒUR DES INCAS.

Ame de l'univers, ô soleil! es-tu seul l'auteur de tous les biens que tu nous fais? n'es-tu que le ministre d'une cause première, d'une intelligence au-dessus de toi? Si tu n'obéis qu'à ta volonté, reçois nos vœux reconnaissants; mais si tu accomplis la loi d'un être invisible et suprême[24], fais passer nos vœux jusqu'à lui: il doit se plaire à être adoré dans sa plus éclatante image.

[24] Ce dieu inconnu s'appelait Pacha-Camac, celui qui anime le monde. Les Incas avaient laissé subsister son temple dans la vallée de son nom, à trois lieues de Lima, où il était adoré. Les Indiens, ses adorateurs, ne lui offraient point de sacrifices.