Informé que la garnison française de Saint-Amand a brûlé l'abbaye d'Hasnon et essayé de brûler celle de Vicoigne, le comte de Hainaut part de Tournay et vient avec trois mille combattants assiéger Saint-Amand, qui n'était alors entouré que d'une enceinte de palissades. Le capitaine de la garnison[ [228] est un bon chevalier de la langue d'oc, nommé le sénéchal de Carcassonne[ [229]; prévoyant l'attaque du comte de Hainaut et sachant que la place n'est pas tenable, il a fait transporter les plus riches joyaux de l'abbaye à Mortagne, P. [65], [66], [248].
Douze mille Valenciennois attaquent Saint-Amand par le pont jeté sur la Scarpe. Les bidauds et les Génois de la garnison, pour se moquer des arbalétriers de Valenciennes, essuient avec leurs chaperons sur les murs la place des traits et crient aux assiégeants: «Allez boire votre goudale, allez!» Découragés et ne recevant aucunes nouvelles du comte leur seigneur, les Valenciennois regagnent leur ville le soir même. P. [66], [67], [248], [249].
Le lendemain, le comte de Hainaut arrive devant Saint-Amand et donne l'assaut à la porte du côté de Mortagne. Une brèche est ouverte dans le mur de l'abbaye que l'on enfonce au moyen d'énormes pieux en chêne; le comte s'élance par cette brèche et pénètre sur la place du marché devant l'église. Il y trouve le sénéchal de Carcassonne qui l'attend de pied ferme avec une poignée de compagnons de son pays serrés autour de sa bannière. Un moine nommé Froissart défend l'entrée de l'abbaye et tue plus de dix-huit assaillants. Le comte fait passer la garnison au fil de l'épée et mettre le feu à la ville, à l'église et aux bâtiments de l'abbaye. Le sénéchal de Carcassonne est tué sous sa bannière. P. [67] à [69], [249].
Après la destruction de Saint-Amand, le comte de Hainaut incendie Orchies, Landas, Lecelles, passe la Scarpe au-dessous d'Hasnon et, entrant en France, s'empare de la grosse et riche abbaye de Marchiennes[ [230] défendue par Amé de Warnant[ [231]. Incendie et pillage de la ville et de l'abbaye. P. [69], [70], [249], [250].
Le roi d'Angleterre se tient toujours devant Tournay qu'il espère réduire bientôt par la famine; mais le duc de Brabant laisse plus d'une fois passer à travers son armée des vivres destinés aux assiégés, et les gens d'armes de ses bonnes villes de Bruxelles, de Louvain, de Malines, d'Anvers, de Nivelles, de Jodoigne[ [232], de Lierre[ [233], commencent à s'impatienter de la longueur du siége. P. [70], [71], [250], [251].
Un certain nombre de gens d'armes allemands des duchés de Gueldre et de Juliers s'entendent avec plusieurs chevaliers du Hainaut pour prendre une revanche de la victoire remportée à Pont-à-Tressin par Robert de Baileu et les Liégeois sur les Hainuyers: ils se divisent en deux détachements, dont l'un reste à Pont-à-Tressin pour garder le passage, tandis que l'autre court réveiller les Français. Deux grands barons de France, les seigneurs de Montmorency[ [234] et de Saint-Sauflieu[ [235], qui font le guet la nuit où se passe cette escarmouche, repoussent ces agresseurs et se mettent à leur poursuite jusqu'à Pont-à-Tressin. Voyant que les ennemis sont là en force pour défendre le passage, le seigneur de Saint-Sauflieu prend le parti de se retirer avec les siens. Le seigneur de Montmorency, qui veut continuer la lutte, est fait prisonnier ainsi que toute son escorte par Renaud de Sconnevort; et les Allemands ou Hainuyers restent maîtres du pont. P. [71] à [76], [251] à [253].
CHAPITRE XLII.
1340. DÉFAITE PRÈS DE SAINT-OMER, PANIQUE ET RETRAITE DES FLAMANDS DANS LEUR PAYS.—LEVÉE DU SIÉGE DE TOURNAY; TRÊVE ENTRE LA FRANCE ET L'ANGLETERRE[ [236] (§§ 133 à 137).
Après l'arrivée du roi de France et de son armée à Bouvines, le bruit se répand que les garnisons françaises de Saint-Omer, d'Aire et de Thérouanne doivent pénétrer dans la vallée de Cassel et ravager le pays, notamment les villes de Bergues[ [237], Bourbourg[ [238], Messines[ [239], Wervicq[ [240], Poperinghe[ [241]. Pour conjurer ce danger, Robert d'Artois et Henri de Flandre vont se poster avec vingt mille Flamands à l'entrée de la vallée de Cassel. P. [76], [77], [253].
Environ trois mille de ces Flamands quittent un jour leur campement pour aller ravager et piller, à l'insu de leurs chefs, le pays situé entre Aire, Thérouanne et Saint-Omer, ils mettent le feu aux faubourgs et abattent les moulins de Saint-Omer; à une demi-lieue de cette ville, ils pillent et brûlent aussi le gros village d'Arques[ [242] où ils font un riche butin; mais au moment où ils se reposent dans un village appelé la Cauchie[ [243], un certain nombre de gens d'armes français des garnisons de Saint-Omer et de Thérouanne viennent, sous les ordres de (Jean), comte dauphin d'Auvergne[ [244], fondre à l'improviste sur ces pillards, en tuent dix-huit cents et en font quatre cents prisonniers[ [245]. P. [76] à [78], [253] à [255].
Une trêve d'un an est conclue à Esplechin[ [246] entre les rois de France et d'Angleterre par l'entremise de Jeanne de Valois, sœur de Philippe de Valois, mère du comte Guillaume de Hainaut, aidée de Louis d'Agimont[ [247]. P. [79] à [82], [256] à [262].