Après la levée du siége d'Hennebont, Charles de Blois envoie Louis d'Espagne et ses gens assiéger la bonne ville de Dinan[ [304] qui n'avait alors pour enceinte que de l'eau et des palissades. Sur la route, Louis d'Espagne met le siége devant un petit et vieux château nommé Conquest[ [305] qui tient pour la comtesse de Montfort. Le capitaine est un chevalier de Lombardie[ [306] et la garnison se compose de Lombards et de Génois. Le château est emporté d'assaut et la garnison est massacrée excepté le capitaine qui est pris à rançon. Louis d'Espagne laisse Conquest sous la garde d'un châtelain et de soixante hommes d'armes et continue sa route vers Dinan. P. [154], [155], [378] à [381].

Informée que Louis d'Espagne s'est arrêté devant Conquest, la comtesse de Montfort charge Gautier de Mauny de délivrer ce château et d'en faire lever le siége aux Français. Partis d'Hennebont le matin, Gautier de Mauny et les siens arrivent vers le soir[ [307] devant Conquest; ils reprennent le château pris la veille par les Français, le laissent vide et sans garde, car il n'est pas tenable, et retournent à Hennebont. P. [155], [156], [379] à [383].

Louis d'Espagne investit Dinan et fait faire bateaux et nacelles pour assaillir cette place de toutes parts, par terre et par eau. Les bourgeois de Dinan prennent peur, car la place n'est pas forte et n'est fermée que de palissades; leur capitaine, Renaud de Guingamp, fils du châtelain de Guingamp, s'efforce en vain de les rassurer. Après quatre jours de siége, les assiégés se rendent aux Français et mettent à mort sur la place du marché Renaud de Guingamp qui s'oppose à cette reddition; Louis d'Espagne leur donne pour capitaines Gérard de Mâlain et Pierre Portebœuf trouvés prisonniers à Dinan. P. [156] et [157], [383] et [384], [386] et [387].

Louis d'Espagne, une fois maître de Dinan, se dirige vers une très-grosse ville située sur le flux de la mer qu'on appelle Guérande[ [308] et l'assiége par terre. Il trouve assez près de là, dans un havre[ [309] qui est un des plus fréquentés de Bretagne, un certain nombre de navires chargés de vins que des marchands de Poitou, de Saintonge et de la Rochelle, ont amenés pour les vendre. Louis d'Espagne fait main basse sur les cargaisons; il embarque sur les navires ses gens d'armes et partie des Espagnols et des Génois. Assaillie par terre et par mer, la ville de Guérande est emportée d'assaut, les habitants sont passés au fil de l'épée; cinq églises sont brûlées, mais Louis d'Espagne fait pendre vingt-quatre de ceux qui y ont mis le feu. Tout est livré au pillage, et l'on recueille un butin considérable, car Guérande est une ville grande, riche et marchande. P. [156] et [157], [384], [387] et [388].

Tandis que Louis d'Espagne et Ayton Doria s'embarquent avec les Espagnols et les Génois sur les navires pris à Guérande, le vicomte de Rohan, l'évêque de Léon, Hervé de Léon son neveu vont rejoindre Charles de Blois devant Auray. A la nouvelle de l'arrivée de Gautier de Mauny et des Anglais, le roi de France a envoyé une foule de seigneurs grossir les rangs de l'armée de Bretagne, notamment Louis de Poitiers, comte de Valentinois, les comtes d'Auxerre, de Joigny, de Porcien, de Boulogne, les seigneurs de Beaujeu, de Châteauvillain, de Noyers, d'Anglure, de Catillon, d'Offémont, de Roye, d'Aubigny et Moreau de Fiennes. Malgré ce renfort, le château d'Auray n'est pas encore pris, mais ceux de dedans souffrent tellement de la famine, qu'à défaut d'autre nourriture, ils mangent en huit jours tous leurs chevaux. La plupart des gens d'armes de la garnison sont tués une nuit qu'ils tentent de se sauver à la dérobée en traversant les lignes des assiégeants. Toutefois, Henri et Olivier de Spinefort parviennent à s'échapper et vont droit à Hennebont. C'est ainsi que le château d'Auray est pris après dix semaines de siége. P. [158], [385], [388].

Charles de Blois va assiéger la cité de Vannes dont Geffroi de Malestroit est capitaine pour la comtesse de Montfort. Le second jour du siége, des Bretons et autres soudoyers du parti de Montfort qui tiennent garnison au fort de Ploërmel viennent réveiller les Français. Deux chevaliers de Picardie qui font le guet cette nuit là, les seigneurs de Catillon et d'Aubigny, donnent l'éveil; les agresseurs sont enveloppés et tués ou mis en fuite. Ce même jour, les assiégeants s'emparent du bourg[ [310] situé au pied de la cité et du fort jusqu'aux barrières. Les bourgeois de Vannes prennent le parti de se rendre malgré les efforts de Geffroi de Malestroit qui s'enfuit Hennebont sous un déguisement. Charles de Blois passe cinq jours à Vannes, y laisse comme capitaines Hervé de Léon, Olivier de Clisson, et va assiéger Carhaix. P. [159], [160], [385] et [386].

CHAPITRE XLIX.
1342. DÉFAITE DE LOUIS D'ESPAGNE PRÈS DE QUIMPERLÉ; SIÉGE DE LA ROCHE-PIRIOU, DU FAOUËT, ET PRISE DE LA FOREST PAR GAUTIER DE MAUNY[ [311] (§§ 172 à 174).

Louis d'Espagne et Ayton Doria s'embarquent avec un certain nombre de gens d'armes sur les navires pris à Guérande et vont ravager la Bretagne bretonnante, notamment les environs de Quimperlé, de Quimper-Corentin et de Saint-Mathieu[ [312]; ils font des descentes sur les côtes et courent tout ce pays dont ils entassent les dépouilles sur leurs navires. A cette nouvelle, Gautier de Mauny, qui se tient à Hennebont auprès de la comtesse de Montfort, prend la mer avec une flotte montée par cinq cents hommes d'armes et deux mille archers. Cette flotte parvient à joindre celle de Louis d'Espagne et d'Ayton Doria dans le havre de Quimperlé. Gautier de Mauny saisit l'instant où les Français sont descendus à terre pour piller le littoral, il fond à l'improviste sur leurs navires sans défense et les capture; puis il laisse sa flotte sous la garde de cent hommes d'armes et de trois cents archers, met pied à terre et marche à la rencontre de Louis d'Espagne. P. [160], [161], [392], [393], [388], [389].

Gautier de Mauny et Louis d'Espagne se livrant un combat acharné aux environs de Quimperlé[ [313]. Gautier de Mauny a réparti ses gens en trois batailles. Louis d'Espagne met en déroute la première bataille dans un engagement où il fait chevalier son neveu Alphonse d'Espagne, mais il ne peut tenir tête malgré son courage aux deux autres batailles accourues au secours de la première et auxquelles les paysans des environs viennent prêter main forte; il est forcé de prendre la fuite après avoir perdu presque tous les siens, entre autres Alphonse son cher neveu: il se jette dans une grosse barque et se sauve à force de voiles avec quelques-uns de ses compagnons. Gautier de Mauny fait appareiller sa flotte en toute hâte et se met à la poursuite des fugitifs. Louis d'Espagne aborde à Redon au moment où ses ennemis sont sur le point de le ratteindre; il réussit à leur échapper en montant sur de petits chevaux qu'il emprunte et à l'aide desquels il gagne précipitamment la cité de Rennes voisine de Redon. Gautier de Mauny et les siens font voile de Redon pour revenir par mer à Hennebont, mais les vents contraires les forcent à prendre terre à trois lieues de Dinan[ [314] d'où ils vont assiéger la Roche-Piriou. Gérard de Mâlain, autrefois capitaine de ce château, est revenu depuis six jours y tenir garnison par l'ordre de Charles de Blois. Gautier de Mauny commande l'assaut, mais ceux de dedans repoussent les assaillants par le jet de pierres et de poutres, par le tir de leurs canons et de leurs arcs à tour. Deux chevaliers, Jean le Bouteiller et Hubert de Frenay, sont blessés en montant à l'assaut; on les porte dans un pré situé au pied du château et où sont déjà gisants un certain nombre d'autres blessés. P. [161] à [164], [393] à [396], [389] à [391].

Renier de Mâlain, frère de Gérard, châtelain d'un autre petit fort appelé le Faouët[ [315] situé à moins d'une lieue de la Roche-Piriou, accourt avec quarante de ses compagnons pour porter secours à son frère; il trouve au pied du château assiégé Jean le Bouteiller, Hubert de Frenay et les autres hommes d'armes blessés du côté des assaillants étendus au milieu d'un pré; il n'a pas de peine à les faire prisonniers et revient les mettre sous bonne garde dans sa forteresse du Faouët. Indignés d'une si lâche surprise, Gautier de Mauny et Amauri de Clisson abandonnent la Roche-Piriou et viennent assiéger le Faouët pour délivrer leurs compagnons. Gérard de Mâlain veut alors rendre à son frère Renier service pour service; il monte à cheval, part une nuit de la Roche-Piriou et arrive un peu devant le jour à Dinan[ [316] où il implore le secours de Pierre Portebœuf, son bon compagnon, en faveur de son frère Renier. Il réussit à faire accueillir favorablement sa demande et ne tarde pas à revenir vers le Faouët avec un corps de six mille auxiliaires fournis par les bourgeois de Dinan. Gautier de Mauny, craignant de se trouver pris entre les gens d'armes amenés par Gérard de Mâlain, d'une part, et l'armée de Charles de Blois, de l'autre, lève le siége du Faouët. P. [164] à [166], [397] à [399], [401].