En l’an mil trois cens cinquante deux, la veille de la Nostre Dame en aoust, se combati monseigneur Guy de Neelle, seigneur d’Offemont, lors mareschal de France, en Bretaigne. Et fu le dit mareschal occis en la dite bataille, le sire de Briquebec, le chastellain de Beauvais et plusieurs autres nobles, tant du dit pais de Bretaigne comme d’autres marches du royaume de France.
Item, en ycelui an trois cens [cinquante deux[309]], le mardi quatrième jour de decembre, se dot combatre à Paris un duc d’Alemaigne appellé le duc de Bresvic contre le duc de Lencastre, pour paroles que le dit duc de Lencastre devoit avoir dittes du dit duc de Bresvic: dont il appella en la court du roy de France. Et vindrent le dit jour les deux ducs dessus nommez en champ touz armés pour combatre en unes lices qui pour celle cause furent faites ou Pré aus Clers, l’Alemant demandeur et l’Anglois deffendeur. Et jà soit ce que le dit Anglois fust ennemi du dit roy Jehan de France, et que par sauf conduit il fust venu soy combatre pour garder son honneur, toutesvoies le dit roy de France ne souffri pas qu’i[l] se combatissent. Mais depuis qu’ilz orent fait les seremens, et qu’ilz furent montés à cheval pour assembler, les glaives ès poings, le roy prist la besoingne sur lui et les mist à acort.
Item, en icelui an trois cens cinquante deux, le jeudi sixième jour de decembre, mourut le pape Clement VIe à Avignon, lequel estoit en l’onzième an de son pontificat.
Item, le mardi du dit mois de decembre, fu esleu en pape, environ heure de tierce, un cardinal limosin que l’on appeloit par son tiltre [de cardinal[310]] le cardinal d’Ostie; mais pour ce qu’il avoit esté evesque de Cleremont, l’en appelloit plus communement le cardinal de Clermont. Et fu appellé Innocent; et par son propre nom estoit appelé messire Estienne Aubert.
Item, l’an mil trois cens cinquante trois, le huitième jour de janvier, assés tost après le point du jour, monseigneur Charles, roy de Navarre, et conte d’Evreux, fist tuer en la ville de l’Aigle en Normendie, en une hostellerie, monseigneur Charles d’Espaigne, [lors[311]] connestable de France. Et fu le dit connestable tué en son lit par plusieurs gens d’armes que le dit roy de Navarre y envoia: lequel demora en une granche au dehors de la dite ville de l’Aigle jusques à ce que ceulz qui firent le dit fait retournèrent par devers lui. Et en sa compaignie estoient, si comme l’en disoit, messire Phelippe de Navarre son frère, messire Jehan conte de Harecourt, son frère messire Loys de Harecourt, messire Godeffroy de Harecourt leur oncle, et pluseurs chevaliers et autres de Normendie comme Navarrois et autres.
Et après se retraist le roy de Navarre et sa compaignie en la cité d’Evreux dont il estoit conte, et là se garni et enforça. Et avec lui se alièrent pluseurs nobles, par especial de Normendie, c’est assavoir les dessus nommés de Harecourt, le seigneur de Hambuie, messire Jehan Malet seigneur de Graavile, messire Amalry de Meulent et pluseurs autres.
Et assés tost après se transporta le dit roy de Navarre en sa ville de Mante, qui jà paravant avoit envoié lettres closes à pluseurs des bonnes villes du royaume de France et aussi à grant conseil du roy, par lesquelles il escripvoit qu’il avoit fait mettre à mort le dit connestable pour pluseurs grans meffais que le dit connestable lui avoit fais, et envoia le conte de Namur par devers le roy de France à Paris.
Et depuis le roy de France envoia en la dicte ville de Mante par devers le roy de Navarre pluseurs grans hommes, c’est assavoir messire Guy de Bouloingne cardinal, monseigneur Robert Le Coq evesque de Laon, le duc de Bourbon, le conte de Vendosme et pluseurs autres: lesquielx traitièrent avec le dit roy de Navarre [et] son conseil. Car jà soit ce que icelui roy eust fait mettre à mort le dit connestable, si comme dessus est dit, il ne lui souffisoit pas que le roy de France de qui il avoit espousé la fille lui pardonnast le dit fait, mais faisoit pluseurs requestes au dit roy de France son seigneur.
Et cuida l’en bien ou royaume de France que entre les deux rois dessus dis deust avoir grant guerre; car le dit roy de Navarre avoit fait grans aliances et grans semonces en diverses regions, et si garnissoit et enforçoit ses villes et chasteaulz. Finablement, après pluseurs traittiez, fu fait accort entre les deux roys dessus dis par certainnes manières dont aucuns des poins s’ensuient. C’est assavoir que le dit roy de France bailleroit au dit de Navarre vingt huit [mil] livres à tournois de terre, tant pour cause de certainne rente que ledit de Navarre prenoit sur le tresor à Paris comme pour autre terre que le dit roy de France lui devoit asseoir par certains traittiez faiz lonc temps avoit entre les deux predecesseurs des deux roys dessus dis pour cause de la conté de Champaigne, tant aussi pour cause de mariage du dit roy de Navarre qui avoit espousée la fille du dit roy de France: par lequel mariage lui avoit esté promise certainne quantité de terre, c’est assavoir douze mil livres à tournois. Pour lesquelles trente huit mille livres de terre le dit roy de Navarre veult avoir la conté de Beaumont le Rogier, la terre de Breteul en Normendie, de Conches et d’Orbec, la vicomté de Pont Audemer et le balliage de Costantin. Lesquelles choses lui furent accordées par le roy de France, jà soit ce que la dicte conté de Beaumont et les terres de Conches, de Bretueil et d’Orbec fussent à monseigneur Phelippe, frère du dit roy de France, qui estoit duc d’Orleans: auquel duc le dit roy bailla autres terres en recompensacion de ce.
Oultre couvint accorder au dit roy de Navarre, pour paix avoir, que les dessus dis de Harecourt et tous ses autres aliez entreroient en sa foy, se il leur plaisoit, de toutes leurs terres de Navarre, quelque part qu’elles fussent ou royaume de France; et en aroit le dit roy de Navarre les hommages, se ilz vouloient, autrement non. Oultre lui fu accordé que il tendroit toutes les dictes terres avec celles qu’il tenoit paravant en partie, et pourroit tenir eschiquier deux fois l’an, se il vouloit, aussi noblement comme le duc de Normendie. Encore lui fu accordé que le roy de France pardonrroit à tous ceulz qui avoient esté à mettre à mort le dit connestable, la mort d’icelui. Et ainsi le fist, et promist par son serement que jamais, pour occasion de ce, ne leur feroit ou feroit faire vilenie ou dommage. Et avec toutes ces choses ot encores le dit roy de Navarre une grant somme d’escus d’or du dit roy de France. Et avant ce que le dit roy de Navarre voulsist venir par devers le roy de France, il couvint que l’en lui envoiast par manière d’ostage le conte d’Anjou, second filz du dit roy de France.