Pendant qu’Édouard envahit ainsi le royaume, une foule de garnisons anglaises ravagent le Beauvaisis, la Picardie, l’Ile-de-France, la Brie et la Champagne.—Le roi de Navarre, de son côté, fait une rude guerre sur les confins de la Normandie.—La plus terrible de ces garnisons ennemies est celle d’Attigny dont Eustache d’Auberchicourt est capitaine. Les gens d’armes de cette garnison font sans cesse des incursions dans les comtés de Rethel et de Bar jusqu’à Donchery, Mézières, Stenay[246] et au Chesne-Populeux[247]; un jour, ils prennent par surprise un fort château du Laonnois voisin de Montaigu[248] et situé au milieu des marais qu’on appelle Pierrepont[249], dont ils emportent le butin à Attigny[250]. P. [227], [228], [419], [420].

En ce temps, il y avait ès parties d’Avignon un frère mineur ou cordelier, nommé Jean de la Roche Taillade, que le pape Innocent VI tenait enfermé au château de Bagnols[251] parce qu’il avait annoncé dans ses livres de prophétie, commencés dès 1345, tous les malheurs qui devaient fondre sur la France, notamment de 1356 à 1359, les attribuant à la vengeance de Dieu irrité de la corruption des grands seigneurs et des prélats du royaume[252]. P. [228] à [230], [420] à [423].

Le roi d’Angleterre est logé à Bourg-la-Reine à deux petites lieues de Paris, et son armée est campée depuis cet endroit jusqu’à Montlhéry[253]; il envoie ses hérauts à Paris demander la bataille au duc de Normandie qui la refuse. Après une escarmouche de Gautier de Mauny devant les barrières de Paris, Édouard quitte Bourg-la-Reine et prend le chemin de Montlhéry. P. [230] à [232], [423].

Des chevaliers français au nombre de cent lances s’aventurent à la poursuite des Anglais qu’ils voient opérer leur mouvement de retraite de Bourg-la-Reine sur Montlhéry, mais ils tombent dans une embuscade dressée par un certain nombre de seigneurs anglais et gascons qui avaient prévu cette sortie; neuf chevaliers français, entre autres le sire de Campremy, restent entre les mains des Anglais qui, après avoir donné la chasse jusqu’au delà de Bourg-la-Reine à ceux qui réussissent à s’échapper, emmennent leurs prisonniers à Montlhéry où campe le roi d’Angleterre[254]. P. [232] à [234], [423] à [426].


CHRONIQUES
DE J. FROISSART.


LIVRE PREMIER.

[1] § 371. Quant li rois Jehans de France eut fait ses

chevaucies et ensi reconquis en le Basse Normendie