[54] Ce traité fut signé à Berwick le 3 octobre 1357. Rymer, vol. III, p. 372 à 374.
[55] Henri, duc de Lancastre, n’ayant pu parvenir au commencement de septembre 1356 à opérer sa jonction par les Ponts-de-Cé avec le prince de Galles, mit le siége devant Rennes. Ce siége, qui suivit immédiatement le désastre de Poitiers et qui dura neuf mois, du 2 octobre 1356 au 5 juillet 1357, est le pendant du siége de Calais après la défaite de Crécy; une si longue et si honorable défense releva un peu les courages du côté des vaincus. Charles de Blois, alors prisonnier sur parole du roi d’Angleterre, se tint pendant toute la durée du siége à la cour du dauphin (Morice, Preuves, t. 1, col. 1513; JJ89, no 276; JJ85, no 115; JJ89, no 312). Le duc de Normandie envoya, dès le mois de décembre 1356, Thibaud, sire de Rochefort, au secours des assiégés (Morice, Preuves, t. 1, col. 1512 à 1514). En dépit de la trêve conclue à Bordeaux le 23 mars 1357, Lancastre ne voulait pas lever le siége de Rennes; il fallut deux lettres du roi d’Angleterre, la première en date du 28 avril, la seconde du 4 juillet 1357 (Rymer, vol. III, p. 353 et 359), pour vaincre la résistance de son lieutenant, qui n’en obligea pas moins les habitants de la ville assiégée, quoi qu’en aient dit des historiens bretons plus patriotes que véridiques, à se racheter et à payer au vainqueur une contribution de guerre considérable (Morice, Preuves, t. I, col. 1522).—Dans les premiers mois de 1357, Charles dauphin avait chargé Guillaume de Craon, son lieutenant en Anjou, Maine, Poitou et Touraine, d’inquiéter le duc de Lancastre et d’obliger les Anglais à lever le siége de Rennes (JJ89, nos 37 et 127). C’est alors seulement que Bertrand du Guesclin pénétra dans l’intérieur de la place, car, comme le dit Cuvelier dans son poëme (v. 1080 et 1081):
Mais Bertran du Guesclin se fu ès bois boutez,
A tamps n’y pot venir qui n’i pot estre entrez.
[56] Le bourg, la cité et le château d’Évreux avaient été conquis par le roi Jean au commencement de juin 1356. Voy. t. IV de cette édition, Sommaire, p. LXVIII, note 246.
[57] Nous ignorons si ce fut la ruse de guerre, prêtée par Froissart à Guillaume de Gauville, qui remit les Navarrais en possession du château d’Évreux, mais la date que notre chroniqueur assigne à cet événement est certainement fausse. En février 1358 (n. st.), Évreux appartenait encore au régent, qui délivrait des lettres de rémission à Guillaume de la Goderie, demeurant à Évreux, dont le valet avait acheté pour les garnisons anglaises des forteresses voisines de cette ville «anneaux et chapeaux de bièvre et les plumes....» JJ89, no 83.—On lit, d’un autre côté, dans les Grandes Chroniques (t. VI, p. 108), qu’au mois de mai 1358 Jean de Meudon, châtelain d’Évreux pour le roi de France, mit le feu à la ville d’Évreux, ce dont le roi de Navarre fut très-irrité. Le château d’Évreux avait été livré par trahison aux Navarrais avant le mois de septembre 1358, date de deux donations faites par le régent à Guillaume de Tronchevillier, chevalier, et Robinet Boulart, écuyer, des biens confisqués de Pierre du Bosc-Renoult et de Guillaume Houvet, écuyers, complices de la trahison du chastel d’Evreux à nos ennemis en ceste presente année (JJ87, nos 78 et 79). Froissart raconte que Guillaume de Gauville, pour apprivoiser encore plus sûrement le châtelain, lui parla d’une descente en Angleterre que devaient faire les Danois alliés de la France. Il y eut en effet, en 1358 et 1359, des négociations actives avec Valdemar III, roi de Danemark, qui aboutirent à un projet de descente des Danois en Angleterre pour la délivrance du roi Jean, dont le texte a été publié par M. Germain (Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, t. IV, p. 409 à 434). Voy. aussi le rapport de M. Delisle, Revue des Sociétés savantes, année 1866, 4e série, iv, 33.
[58] Le travail du baron de Zurlauben sur ce chef de compagnies (Hist. de l’Académie des Inscriptions, t. XXV, p. 153 à 168) n’est qu’un essai fort incomplet. Le savant baron répète, après Baluze, qu’Arnaud apparaît pour la première fois dans l’histoire à la bataille de Poitiers, tandis que nous avons plusieurs actes, antérieurs à cette date, qui le mentionnent: le premier, de février 1354 (n. st.), où le roi Jean assigne 200 livres de rente à Arnaud de Cervole, écuyer, en récompense de la part qu’il a prise au recouvrement des châteaux de Montravel, de Sainte-Foy près Bergerac (auj. Sainte-Foy-des-Vignes, hameau de Gineste, Dordogne, arr. Bergerac, c. Laforce), du Fleix (Dordogne, arr. Bergerac, c. Laforce), de Guitres (Gironde, arr. Libourne), et donne en outre au dit écuyer son château de Châteauneuf-sur-Charente (Charente, arr. Cognac), JJ82, no 93;—l’autre, du 27 août de la même année, où le roi de France accorde des lettres de rémission à Arnaud de Cervole, écuyer, qui, avec l’aide de Pierre de Cervole, chevalier, et de neuf autres complices, avait occupé après l’assassinat du connétable Charles d’Espagne les châteaux de Cognac, de Jarnac et de Merpins en Saintonge et avait fait mettre à mort vingt-sept de ses soudoyers en garnison dans lesdits châteaux, qui avaient volé blés, vins et draps aux habitants de Saint-Laurent (Saint-Laurent-de-Cognac, Charente, arr. et c. Cognac). JJ82, no 613.
[59] Au moyen âge, il arriva parfois qu’un archiprêtré fut inféodé, au temporel, à un laïque. Dom Vaissete dit (Hist. du Languedoc, t. IV, p. 292) qu’Arnaud possédait l’archiprêtré de Vezzins; mais où était situé cet archiprêtré? C’est ce que personne n’a encore établi jusqu’à ce jour. On lit dans Rymer (vol. III, p. 350) que les rois de France et d’Angleterre, en concluant à Bordeaux la trêve du 23 mars 1357, établirent l’un des quatre gardiens de cette trêve dans la vicomté de Limoges et en Berry, pour la partie du roi de France, «Mgr Arnaud de Servole, archiprestre de Velines.» Vélines (Dordogne, arr. Bergerac) donnait en effet jadis son nom à l’un des archiprêtrés du diocèse de Périgueux. Voy. le Dictionnaire topographique de la Dordogne, par le vicomte de Gourgues, Paris, 1873, in-4o, p. 335.
[60] On lit dans la seconde vie d’Innocent VI: «Mense julio (1357) miles quidam gasco, dictus Archipresbyter, collecta societate, intravit Provinciam, et plurima damna fecit et strages; propter quæ, tota curia romana stupefacta, papa, data pecunia, pro qua se Provinciales obligaverunt, ipsum abire fecit, et transitum per Avinionem concessit. Sed interim papa stipendiarios multos tenuit, civitatemque muris et portis ac fossatis munivit; ad quæ omnes clerici in curia romana degentes contribuere cogebantur.» (Bal., Vitæ pap. Aven., t. I, p. 350). On sait que les fortifications dont il est question dans ces dernières lignes subsistent encore. Cf. Léon Ménard, Hist. de Nismes, t. II, p. 182, et Preuves, p. 201.
[61] Cf. Jean le Bel, Chroniques, t. II, p. 215 et 216. Froissart reproduit ici à peu près littéralement le texte du chanoine de Liége. Le roi de Navarre, détenu au château d’Arleux, recouvra la liberté le mercredi 8 novembre 1357, grâce aux menées de Robert le Coq, qui avait fait demander à plusieurs reprises sa délivrance par les États, et à la complicité de Jean de Picquigny, gouverneur d’Artois, qui l’arracha par surprise de sa prison. La mise en liberté de Charles le Mauvais est certainement la faute la plus grave, nous dirions presque le plus grand crime qu’on puisse reprocher à Robert le Coq et à Étienne Marcel; car c’est le roi de Navarre qui, à peine délivré, fit occuper entre le 13 et le 25 décembre 1357, les environs de Paris par les compagnies anglo-navarraises cantonnées jusque-là sur les confins de la Bretagne et de la Normandie (Gr. Chron., t. VI, p. 71 à 73). Ces brigands étaient si bien aux ordres du roi de Navarre qu’on s’adressait à ce dernier plutôt qu’au dauphin pour obtenir des sauf-conduits, quand on voulait voyager de Paris à un point quelconque du royaume. Nous avons un de ces sauf-conduits accordé à deux chevaliers et daté de Paris le 12 mars 1358 (n. st.). Ibid., p. 96 et 97.