Siége d’Auray, de Jugon et de Dinan[268], par le comte de Montfort; reddition de ces trois places.—Siége de Quimper-Corentin. P. [175] à [177], [348] à [350].
De l’avis de ses conseillers, frappés des progrès croissants et des conquêtes du vainqueur d’Auray, Charles V envoie Jean de Craon, archevêque de Reims, le seigneur de Craon et le maréchal Boucicaut[269] à Quimper-Corentin[270] en qualité de plénipotentiaires et les charge de traiter avec Jean de Montfort[271]. Celui-ci demande du temps pour en référer à Édouard III, son beau-père et son protecteur, d’après les inspirations duquel il règle toute sa politique; puis, il pose ses conditions que les ambassadeurs français soumettent à leur tour au roi leur maître et au duc d’Anjou. Finalement, la paix est conclue aux conditions suivantes: 1º Jean de Montfort sera reconnu duc de Bretagne, mais s’il meurt sans héritiers légitimes, le duché retournera aux enfants de Charles de Blois. 2º Jean fera hommage du duché au roi de France, son suzerain. 3º Jeanne de Penthièvre, veuve de Charles de Blois, sera maintenue en possession du comté de Penthièvre dont le revenu est évalué à vingt mille francs[272]. Jean de Montfort interviendra de tout son pouvoir auprès d’Édouard III pour faire mettre en liberté ses cousins Jean et Gui, les deux fils aînés de Charles de Blois, qui sont encore détenus prisonniers en Angleterre. P. [177] à [181], [350] à [352].
Charles V rend à Olivier, sire de Clisson, ses terres sises dans le royaume, que Philippe de Valois avait autrefois confisquées, et le rallie ainsi au parti français[273].—Jean de Montfort se marie à la fille de la princesse de Galles que Jeanne de Kent avait eue de son premier mariage avec Thomas de Holland[274], et les noces sont célébrées à Nantes.—Les reines Jeanne d’Évreux et Blanche de Navarre, la première tante et la seconde sœur de Charles le Mauvais, font mettre en liberté le captal de Buch à qui le roi de France donne le château de Nemours[275] dont le revenu est évalué à trois mille francs. Le prince de Galles ayant témoigné son mécontentement de l’acceptation de ce don, le captal renvoie son hommage à Charles V et renonce à la donation faite en sa faveur.—En vertu d’un traité conclu entre les rois de France et de Navarre, Charles V conserve Mantes et Meulan et assigne en dédommagement à son beau-frère d’autres châteaux en Normandie[276].—Louis de Navarre emprunte soixante mille florins[277] au roi de France pour passer en Lombardie où il va épouser la reine de Naples, mais il ne survit que peu de temps à ce mariage[278]. P. [181] à [183], [352], [353].
CHAPITRE XC.
1365, OCTOBRE-1366, MAI. EXPÉDITION DE DU GUESCLIN ET DES COMPAGNIES EN ESPAGNE.—1366, 5 AVRIL. DON PÈDRE EST DÉTRÔNÉ ET DON HENRI, COMTE DE TRASTAMARE, EST PROCLAMÉ ROI DE CASTILLE.—14 AOUT. VICTOIRE REMPORTÉE PAR LES COMPAGNIES ANGLO-GASCONNES PRÈS DE MONTAUBAN.—23 SEPTEMBRE. TRAITÉ D’ALLIANCE ENTRE LE PRINCE D’AQUITAINE ET DE GALLES, DON PÈDRE ET LE ROI DE NAVARRE; PRÉPARATIFS MILITAIRES DU PRINCE DE GALLES ET DÉMÊLÉS AVEC LE SIRE D’ALBRET (§§ [546] à [559]).
Redoublement des ravages des Compagnies dans le royaume de France à la suite des traités qui ont mis fin aux guerres de Navarre et de Bretagne; la principauté d’Aquitaine seule est à l’abri du fléau; plaintes et récriminations contre le roi d’Angleterre[279] et le prince de Galles son fils. Charles V et Urbain V essayent en vain d’envoyer les gens des Compagnies en Hongrie faire la guerre contre les Turcs[280]. P. [183] à [185], [353], [354].
Lutte entre don Pèdre, roi de Castille et Henri, comte de Trastamare, frère naturel de don Pèdre[281].—Griefs du roi de France et du pape contre don Pèdre, meurtrier de sa femme Blanche de Bourbon[282] et excommunié par le Saint-Père[283]. Bertrand du Guesclin, fait prisonnier par Jean Chandos à Auray, dont Charles V, Urbain V et don Henri de Trastamare ont payé la rançon fixée à cent mille francs[284], se met à la tête des gens des Compagnies pour les emmener en Espagne au secours de don Henri contre don Pèdre. A du Guesclin se joignent plusieurs chevaliers anglais ou à la solde du prince de Galles, Hugh de Calverly[285], Gautier Hewet, Mathieu de Gournay, Eustache d’Auberchicourt[286], Bertucat d’Albret[287]. De cette expédition font aussi partie un certain nombre de seigneurs français, en première ligne le jeune comte de la Marche qui veut venger la mort de sa cousine Blanche de Bourbon[288], Antoine, sire de Beaujeu[289], Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France[290], le Bègue de Villaines[291], le Bègue de Villiers[292], le sire d’Antoing[293], en Hainaut, Alard de Briffœuil[294], Jean de Neuville[295], Gauvain de Bailleul, Jean de Berguette, Lallemand de Saint-Venant[296]. Le rassemblement général a lieu à Perpignan[297], sur les confins de l’Aragon. L’effectif de toutes ces bandes s’élève à trente mille hommes. Là sont tous les chefs des Compagnies, Robert Briquet[298], Jean Creswey, Naudon de Bageran, Lami, Maleterre, le Petit Meschin, les bours Camus, de Lesparre et de Breteuil, Bataillé, Espiote, Amanieu d’Ortigue, Perrot de Savoie. Le roi d’Aragon, allié de don Henri, fait le meilleur accueil aux Compagnies[299] avec l’aide desquelles il reconquiert les villes et forteresses de son royaume, occupées naguère par don Pèdre. Celui-ci se voit bientôt abandonné de l’immense majorité de ses sujets qui se déclarent pour le comte de Trastamare. Accompagné de don Fernand de Castro[300], le seul de ses courtisans qui lui soit resté fidèle, de sa femme[301] et de ses deux filles Constance[302] et Isabelle[303], il s’enferme avec ses trésors dans le château de Séville[304] d’où il fait voile[305] bientôt vers la Galice et se réfugie à la Corogne. P. [185] à [192], [354] à [360].
Gomez Carrillo[306], les grands maîtres de Calatrava[307] et de Saint-Jacques[308] prennent parti pour le comte de Trastamare devant qui toutes les villes ouvrent leurs portes[309]. Don Henri est couronné roi, fait comtes ses deux frères don Sanche[310] et don Tello[311], sans oublier les chefs des Compagnies[312] auxiliaires qu’il comble de faveurs. P. [192], [193], [360].
Après le couronnement de don Henri, le comte de la Marche, Arnoul, sire d’Audrehem, et le sire de Beaujeu retournent en France[313]; mais Bertrand du Guesclin[314] et Olivier de Mauny[315] avec les Bretons, Hugh de Galverly et Eustache d’Auberchicourt avec les Anglais, restent en Espagne pour aller faire la guerre contre les Sarrasins de Grenade.—Retiré à la Corogne avec sa femme, ses deux filles et don Fernand de Castro, don Pèdre envoie des messagers vers le prince d’Aquitaine et de Galles pour le prier de venir à son secours contre le bâtard Henri. Le prince, après en avoir délibéré avec les gens de son conseil, accueille favorablement cette demande, et cinq chevaliers anglais partent pour la Corogne afin de ramener à Bordeaux le roi détrôné de Castille. Sur ces entrefaites, don Pèdre se rend lui-même à Bayonne. P. [193] à [199], [360] à [365].
Arrivée et séjour de don Pèdre à Bordeaux[316]. Il promet de faire roi de Castille Édouard, le jeune fils du prince de Galles, et de distribuer ce qu’il a conservé de ses trésors[317] aux gens d’armes du prince. Celui-ci, malgré les avis de ses conseillers qui le détournent d’une intervention armée en faveur du roi détrôné, est disposé à prendre parti pour ce dernier, d’abord parce que, souverain légitime, don Pèdre a été supplanté par un bâtard, ensuite, parce que l’adversaire de don Henri de Trastamare a été de tout temps pour l’Angleterre un allié fidèle. Toutefois, avant de mettre ce dessein à exécution, le prince d’Aquitaine veut avoir l’avis de ses vassaux et des grands feudataires de sa principauté. P. [199] à [204], [365].