Le roi de France emploie tout cet été à faire des préparatifs de guerre. A Harfleur, à Rouen, sur la Seine entre Rouen et Harfleur, il travaille à rassembler une flotte qui doit transporter en Angleterre une puissante armée d’invasion sous les ordres de Philippe son frère, duc de Bourgogne. Il établit alors sa résidence à Rouen pour surveiller lui-même ces préparatifs[222]. Le sire de Clisson fait de vains efforts pour détourner le roi de ce projet.—Édouard III est informé de ces préparatifs et prend ses mesures pour repousser cette invasion. Jean, duc de Lancastre, l’un des fils d’Édouard, à la tête de six cents hommes d’armes et de quinze cents archers, débarque à Calais[223] où Robert de Namur est invité à le venir rejoindre. P. [157] à [159], [368], [369].
Après leur retour à Angoulême, les comtes de Cambridge, de Pembroke, Jean Chandos, James d’Audeley et la plupart des barons poitevins, au nombre de plus de trois mille lances, vont sur les marches d’Anjou mettre le siége devant la Roche-sur-Yon[224] dont Jean [Belon[225]] est capitaine pour le duc d’Anjou; ils font battre les remparts de cette forteresse par de grands engins amenés de Thouars et de Poitiers. Jean [Belon] s’engage à rendre la place, s’il n’est secouru par le roi de France, les ducs d’Anjou et de Berry, dans le délai d’un mois. Le mois écoulé, il livre, suivant la convention, la Roche-sur-Yon aux Anglais moyennant le payement de six mille francs pour les approvisionnements laissés entre les mains des vainqueurs. Rentré à Angers, Jean [Belon] est mis en prison et noyé dans la Maine par ordre du duc d’Anjou. P. [159] à [163], [369] à [372].
Mort de James d’Audeley, sénéchal du Poitou[226], à Fontenay-le-Comte; funérailles de ce chevalier à Poitiers. Jean Chandos, connétable d’Aquitaine, est nommé sénéchal du Poitou[227] en remplacement de James d’Audeley et fixe sa résidence à Poitiers.—Le vicomte de Rochechouart, emprisonné, puis mis en liberté par le prince d’Aquitaine, se rend à Paris où il prête serment de fidélité au roi de France; il met le breton Thibaud du Pont en sa forteresse et fait défier le prince. P. [163], [164], [372], [373].
Incursions des deux maréchaux du duc de Lancastre au delà de Guines et de la rivière d’Oske[228], vers l’abbaye de Licques[229], vers Boulogne, vers la cité de Thérouanne défendue par le comte Gui de Saint-Pol et son fils Waleran.—Les nouvelles en viennent au roi de France, qui se tient alors à Rouen, au moment où le duc de Bourgogne est sur le point de s’embarquer et de faire voile pour l’Angleterre en compagnie de trois mille chevaliers. Force est de renoncer à ce projet pour marcher à la rencontre du duc de Lancastre. De Rouen, le duc de Bourgogne se dirige vers la Picardie, passe la Somme au pont d’Abbeville et vient, par Montreuil-sur-Mer, Hesdin et Saint-Pol, se loger sur la hauteur de Tournehem[230] en face du duc de Lancastre qu’il trouve campé dans la vallée où les Anglais se sont fortifiés de haies, de fossés et de palissades et où Robert de Namur est accouru les rejoindre. Malgré une supériorité numérique de sept contre un, le duc de Bourgogne reste simplement sur la défensive, car il lui est enjoint de ne point engager de combat sans l’ordre exprès du roi son frère, et il reçoit tous les jours de Gand des messages du comte de Flandre son beau-père qui lui recommandent la même réserve. P. [164] à [167], [373] à [375].
Jean Chandos, qui se tient à Poitiers, invite le comte de Pembroke, capitaine de Mortagne[231] où il a sous ses ordres une garnison de deux cents lances, à faire avec lui une chevauchée en Anjou et Touraine. Le comte refuse de se rendre à cette invitation dans la crainte qu’on n’attribue au sénéchal du Poitou tout l’honneur des succès qu’ils pourraient remporter. Chandos, à la tête de trois cents lances et de deux cents archers, n’en porte pas moins le ravage en Anjou, notamment dans le Loudunois[232], et, s’avançant sur les confins de l’Anjou et de la Touraine, remonte la vallée de la Creuse. Il fait ensuite une pointe dans la vicomté de Rochechouart et essaye sans succès d’emporter la ville de ce nom défendue par une garnison bretonne dont Thibaud du Pont[233] est le capitaine. De retour à Chauvigny et apprenant que Louis de Sancerre est à la Haye, en Touraine, il invite une seconde fois le comte de Pembroke à le venir rejoindre pour marcher contre les Français et lui donne rendez-vous à Châtellerault; il reçoit un nouveau refus et rentre à Poitiers. P. [167] à [170], [375], [376].
Le comte de Pembroke, aussitôt après la chevauchée de Chandos, va à son tour porter le ravage dans la vicomté de Rochechouart et le Loudunois. Louis de Sancerre[234], parti de nuit de la forteresse française de la Roche-Posay en compagnie de Jean de Beuil[235], de Jean de Vienne, de Guillaume des Bordes, de Louis de Saint-Julien et du breton Kerlouet, tombe à l’improviste sur les Anglais au moment où ils sont occupés à se loger en un village appelé Purnon[236]; il en tue plus de cent et force les autres à chercher un refuge dans une forte maison de Templiers dépourvue de fossés et entourée seulement de murs en pierre. Les Français livrent un premier assaut que les Anglais parviennent à repousser et que la tombée de la nuit vient interrompre. P. [170] à [174], [376] à [379].
Vers minuit, le comte de Pembroke envoie un de ses écuyers à Poitiers demander du secours à Jean Chandos.—Le lendemain matin, les Français livrent un second assaut qui dure depuis l’aube du jour jusqu’à prime (six heures du matin). P. [174] à [176], [379] à [381].
Entre prime et tierce (neuf heures du matin) et au plus fort de l’assaut, le comte de Pembroke dépêche vers Jean Chandos un second écuyer auquel il donne un anneau d’or qu’il a au doigt pour se faire plus sûrement reconnaître. Le premier écuyer, qui était parti de Purnon à minuit, s’égare en chemin et n’arrive à Poitiers que vers tierce au moment où le sénéchal du Poitou se dispose à entendre la messe. Jean Chandos, qui a sur le cœur le mauvais vouloir et les refus antérieurs du comte de Pembroke, répond que le secours qu’on lui demande n’arrivera pas en temps utile et entend toute sa messe. Au moment où il va se mettre à table, arrive le second messager. Il lui fait d’abord la même réponse qu’au premier et commence à prendre son repas. Entre le premier et le second service, il réfléchit que le comte de Pembroke a épousé la fille du roi d’Angleterre et qu’il a pour compagnon d’armes le comte de Cambridge, le propre fils de son seigneur et maître; il se décide alors à lui porter secours. Il se lève, s’arme, monte en selle et sans même attendre que tous ses gens soient prêts, s’élance de toute la vitesse de son cheval sur la route de Purnon. P. [170] à [179], [381] à [383].
Vers midi, les Français qui tiennent le comte de Pembroke assiégé dans la forte maison de Purnon, sont informés que Jean Chandos s’avance à la tête de deux cents lances. Épuisés par les assauts qu’ils viennent de livrer, ils n’osent attendre l’attaque de troupes fraîches et se retirent à la Roche-Posay avec leur butin et leurs prisonniers. A peine débloqué, le comte de Pembroke va au-devant de Jean Chandos qu’il rencontre à une lieue de Purnon; puis ces deux capitaines se séparent et retournent, le premier à Mortagne, le second à Poitiers. P. [179] à [181], [383], [384].
Mort de la reine d’Angleterre[237], au château de Windsor, la veille de la fête de Notre-Dame, 14 août 1369; dernières volontés et dernières paroles de la bonne reine. P. [181] à [183], [384], [385].