Quant li prinches eut tenu ses Paskes et ses festes à Burghes avoecq le roy dam Pierre et là sejourné plus d’un mois, et que on ne savoit ne sentoit mès nuls rebelles ens ou pays que tout ne fuissent obeissant au dit roy, il y eut grans parlemens entre le roy et le prinche et leurs conssaux; et là à ces dis parlemens furent renouvellet li sierment, les proummesses, li couvens, les ordounnances et les obligations qui estoient jurées et escriptes entre l’un et l’autre, très le coummencement dou voiaige. Et dubt li roys dam Pierres partir du prince et aller ent se voie deviers Seville, en instanche de che que d’assambler or et argent pour paiier le prinche et ses gens, et li prinches le devoit attendre ou Val d’Olif; et devoit retourner li dis rois dedens un certain jour deviers le prinche. Sur ce, il se parti et s’en alla à Seville et là où bon li sambla, car tous li pays estoit ouvers contre lui et appareilliés à son coummandement. Et li prinches et ses gens l’atendirent plus de trois mois oultre le jour qu’il devoit retourner. Si eurent là en dedens tamainte souffreté de pain et de vin et de tous autres vivres, car il estoient grant gens, et si trouvoient chiaux dou pays durs et mal amis à yaux, et si ne pooient par couvent les gens le prinche assaillir nulle fortrèche: enssi estoit il ordounné; mès, se il ewissent tenu ceste ordounnance, il fuissent tout mort de famine, car li rois dans Pierres les faisoit trop sejourner.
Si prist li prinches Haulte Mousque où il trouva de tous vivres assés largement pour vivre, lui et son host, environ ung mois, et puis s’em parti et vint à Medine de Camp, une bonne grosse ville et bien avitaillie. Si l’asiega li prinches tant seullement pour avoir les vivres. Quant chil de le ville de Medine se virent asegiet, si doubtèrent que de force il ne fuissent pris et perdissent corps et biens. Si se composèrent deviers le prinche et ses gens, et avitaillièrent l’ost assés plentiveusement. Et se tinrent encorres là environ, atendans que li rois dans Pierres revenist ou qu’il en oyssent bonnes nouvelles; mès il le faisoit trop long, dont moult en desplaisi au prinche et à son consseil, et en le deffaulte de lui il convint les Compaingnes espardre sus le pays pour avoir vivres. Si y fissent pluisseurs contraires et y prissent pluisseurs villes et castiaux rebelles à yaux; et quant il les avoient pris par forche avoecques les vivres, il les pilloient tous et y faisoient moult de destourbiers.
En ce temps fu delivré li rois Carles de Navarre de prison, par le pourcach de madamme la roynne sa femme, et monsigneur Martin de le Kare et l’evesque de Panpelune, et revint arrierre en son royaumme de Navare, dont li prinches fu moult liez. Fo 148 ro et vo.
P. [51], l. 18: plus de trois sepmainnes.—Ms. A 8: environ trois sepmainnes et plus. Fo 288.
P. [51], l. 19: En ce sejour.—Ms. A 8: Et ce jour de Pasques.
P. [52], l. 1: mès.—Les mss. A 7, 8 ajoutent: nul empeschement ne. Fo 284.
P. [52], l. 6: com plus.—Ms. A 8: tant plus.
P. [52], l. 19: plaisi.—Ms. A 8: fut plaisant.
P. [52], l. 23 et 24: sur le.... portoit.—Ms. A 8: en entencion avoir grant argent, ainsi que encouvenancié l’avoit. Fo 288.
P. [52], l. 26: s’espardirent.—Ms. A 8: s’espandirent.