§ [619]. En ce temps.—Ms. d’Amiens: Si comme nous avons parlé ung grant tamps des besoingnes et des avenues qui avinrent adonc en Ango, em Poito, en Tourainne, en Saintonge, en le Rocelle et en le Langhe d’Ok, et des rebellions des villes, des chités et des castiaux, et ossi des gentilx hommes qui s’esmurent et se levèrent contre le prinche d’Acquittainne et se tournèrent franchois, nous couvient parler des avenues qui avinrent en celle saison en Picardie, environ Saint Omer, Arde, Ghines et Calais. Si vous di que li roys Carles de Franche avoit si grossement et si grandement pourvueu ces frontières de bonnes gens d’armes, que on ne pooit entrer ne chevauchier ou pays de Pikardie, fors à grant routte; et en estoit cappittainnes et mestres souverains li comtes de Saint Pol, qui tenoit plus de mil combatans ens ès fortrèches et sus les frontières par les garnisons. Et estoit à ce donc cappittainnes de Boulongne li sires de Saintpi, qui de garder son frontière faisoit mout bien son devoir. Si s’esmurent en cel estet tout li chevalierz et escuier d’Artois, et de Haynnau aucuns, et par especial messires Jehans de Werchin, senescaux de Haynnau, li sires de Floion, et li connestables de France pour le temps, messires Moriaux de Fiennes, et s’en vinrent devant le bastide d’Arde, et s’y ordounnèrent et appareillièrent pour l’assaillir. Et là eut à ceste assamblée plus de cinq cens chevaliers et escuiers franchois et leurs gens; mès noient n’y fissent. Si furent il par devant je croy cinq jours, et y fissent aucunes escarmuches, mès riens n’y conquestèrent. Quant il virent que il ne pooient riens gaegnier à assaillir Arde et que elle estoit trop bien gardée et pourvueue, si s’avisèrent que il se retrairoient en leur fortrèce et guerriroient par garnisons. Si se departirent, et s’en ralla chacuns là où il estoit ordounnés pour li tenir, et li senescaux de Haynnau s’en alla en Franche deviers le roy. Fo 161 vo.

P. [133], l. 20: d’Arde.—Ms. A 8: d’Ardre. Fo 308.

P. [133], l. 23: seneschaus.—Ms. A 8: connestable.

P. [134], l. 5: frice.—Ms. A 8: frique.

§ [620]. Nous revenrons.—Ms. d’Amiens: Là (devant Royauville) eut, je vous di, par pluisseurs jours moult de grans assaus et de belles appertisses d’armes faittes. Toutteffois finablement, à un grant assaut qui fu entre les autres, li Franchois assaillirent si ouniement et si bien continuèrent que de forche il prissent Royauville, et furent tout li Englès qui dedens estoient mort et ochis, sans nul prendre à merci. Et fissent jurer as hommes de le ville que, de ce jour en avant, il seroient bons Franchois et loyal, et le jurèrent et eurent en couvent, et furent tout joyant, quant par enssi il peurent escaper.

Et toudis se tenoit en la Millau li senescaux de Roherge, messires Thummas de Wettevale, quoique li pays d’environ lui se tournast franchois, et faisoit souvent des yssues et des chevauchies moult honnerables pour lui; et tenoit encorres une fortrèche, que on appelloit le Roche Vauclère, où souvent chevauchoit de l’un à l’autre, pour rafreschir ses gens et yaux renouveller de comfort et de corage et regarder coumment il leur estoit. Or retourrons nous au siège de Bourdille, en le comté de Pieregorth, qui ne fait mies à oubliier. Fo 155 vo.

P. [134], l. 19: gens.—Le ms. A 8 ajoute: d’armes.

P. [134], l. 25: besongnast.—Ms. A 8: besoing eust esté.

P. [135], l. 1: Pennebruch.—Ms. A 8: Pennebroch.

P. [135], l. 1: seoient.—Ms. A 8: estoient à siège.