Le roi et son conseil, se tenant dans la Tour de Londres, sont prêts à écouter l’avis de Walworth, qui veut à minuit tomber sur tout ce monde et le massacrer. Robert Knolles a plus de 120 compagnons sous ses ordres; de même Perducat d’Albret. Avec ses chevaliers, les notables de la ville et leurs valets, le roi peut opposer au moins 7 ou 8,000 hommes aux 60,000 émeutiers. Mais le peuple de Londres n’est pas sûr; mieux vaut, comme le conseillent le comte de Salisbury et d’autres, accorder ce que demandent ces gens. On n’attaque donc point. P. [108] à [110], [334], [335].
Le vendredi matin, le peuple demande à parler au roi; il menace d’assiéger le château. Le roi leur fait dire par le maire d’aller hors de Londres, à Mile-End[176], où il ira les trouver et leur accordera ce qu’ils réclament.
Les émeutiers quittent donc peu à peu la ville, mais non pas tous. Aussitôt que le roi, ses deux frères et les barons de sa suite sont sortis, 400 bandits, conduits par Jean Ball, Jack Straw et Wat Tyler, pénètrent dans les chambres du château[177] et massacrent l’archevêque de Cantorbéry, Simond de Sudbury, chancelier d’Angleterre; de même sont tués le grand prieur des Hospitaliers[178], un frère mineur, médecin du duc de Lancastre[179], et Jean Leg[180], sergent d’armes du roi; les quatre têtes sont placées sur le pont de Londres[181].
Les misérables entrent aussi dans la chambre de la mère du roi, dont ils mettent le lit en pièces; la malheureuse femme, à demi morte de peur, est transportée en bateau à la Tour royale, à la Garde-robe de la reine[182], où elle reste toute la journée et la nuit suivante[183]. P. [110] à [112], [335], [336].
Le roi s’avance avec une faible escorte sur la place de Mile-End, où l’abandonnent ses deux frères et Jean de Gommegnies. Il s’adresse alors au peuple, et, après des pourparlers, il promet l’abolition du servage; chaque village aura sa charte d’affranchissement et sa bannière; tout est pardonné. L’apaisement se fait, les insurgés rentrent à Londres, et, à mesure que sont écrites les chartes[184], ils les emportent et rentrent dans leurs pays. Tous cependant ne partent pas; près de 30,000 restent à Londres avec Wat Tyler, Jack Straw et Jean Ball, attendant une occasion de pillage[185].
Le roi, voyant la rébellion un moment apaisée, se rend à la Tour royale pour rassurer sa mère: il y passe la nuit du vendredi. P. [112] à [114], [336].
Les mêmes scènes de désordre se présentent ailleurs, à Norwich[186], entre autres, où les bandes de Lynn, de Cambridge et de Yarmouth, conduites par Guillaume Lister[187], ne pouvant persuader au capitaine de la ville, Robert Sall[188], de venir avec elles, le tuent lâchement, le jour même de la Fête-Dieu, alors qu’à Londres on brûle l’hôtel de Savoie et qu’on brise les portes de la prison de Newgate[189]. P. [114] à [116], [336], [337].
Le samedi matin, 15 juin, le roi quitte la Tour royale, va à Westminster faire ses dévotions, mais n’ose entrer à Londres; arrivé près de l’abbaye de Saint-Barthélemi[190], il tombe, à Smithfield[191], au milieu des partisans de Wat Tyler, qui, au nombre de 20,000, munis de leurs nouvelles bannières, s’apprêtent à piller la ville, avant que les autres bandes, conduites par Guillaume Lister et Thomas Baker[192], ne soient arrivées des autres comtés.
Wat Tyler s’avance au-devant du roi, se prend de querelle avec un des écuyers et est frappé par le maire de Londres, Jean Walworth: un écuyer, Jean Standish[193], descend de cheval et l’achève. La foule se montre hostile et va faire un mauvais parti au roi, quand des renforts lui arrivent, 7 à 8,000 hommes, amenés par Robert Knolles, Perducat d’Albret, les neuf échevins fidèles et Nicolas Brembre. Fort de cet appui, le roi crée trois nouveaux chevaliers[194]: Jean Walworth, Jean Standish et Nicolas Brembre[195], et fait redemander aux insurgés, par ces trois chevaliers, les bannières qui leur avaient été distribuées. Les bannières sont rendues, déchirées sur place, et la foule rentre sans résistance dans Londres, au grand déplaisir de Robert Knolles, qui eût voulu tuer tout ce monde[196]. Le roi rentre à la Tour royale pour revoir sa mère. Défense est faite à quiconque n’est pas natif de Londres ou n’y demeure pas depuis un an d’y séjourner plus tard que le dimanche suivant, sous peine de mort. Chacun s’en retourne donc dans son pays[197]. Jean Ball[198] et Jack Straw[199], découverts dans leur cachette, sont décapités, ainsi que Wat Tyler[200]. Ces exécutions arrêtent la marche des bandes qui, appelées par les gens du Kent, se disposaient à venir à Londres. P. [116] à [124], [337] à [340].
En Écosse, le duc de Lancastre a conclu une trêve de trois ans[201]; muni d’un sauf-conduit donné par les barons écossais, il veut entrer à Berwick, mais l’entrée de la ville lui est interdite par le capitaine Matthieu Redman[202], au nom du duc de Northumberland, qui a donné ordre de ne laisser pénétrer qui que ce fût dans les villes[203].