Le jour arrivé, un mercredi, en présence du peuple et des capitaines de la ville, Philippe rend compte de sa mission et démontre qu’en réponse aux exigences du comte, ils n’ont d’autre parti à prendre que de marcher sur Bruges au nombre de 5 ou 6,000, et de livrer bataille. Les Gantois acclament Philippe. Rendez-vous est pris pour le lendemain: on choisira les combattants et on partira. P. [214] à [219], [372], [373].
Le jeudi, 1er mai, les 5,000[337] hommes sont choisis; ils partent accompagnés des vœux de la population et viennent gîter à une heure et demie de la ville. Le vendredi, ils sont à une lieue de Bruges[338]. Protégés d’un côté par un grand marais, de l’autre par leurs bagages, ils passent la nuit dans l’attente de la bataille. P. [219], [220], [373].
Le samedi, 3 mai, jour de la fête et procession de Bruges, le comte est informé de l’arrivée des Gantois. Il fait prendre les armes et envoie en avant trois de ses hommes pour le renseigner; ce sont Lambert de Lambres, Damas de Buxeuil[339] et Jean du Béart[340]. De son côté, Philippe d’Artevelde fait dire la messe dans son camp et prêcher la guerre par les moines qui ont accompagné les Gantois. P. [220] à [222], [373] à [375].
Philippe harangue ses troupes. Le repas a lieu, et les Gantois se préparent au combat en s’abritant derrière leurs ribaudeaux, sortes de brouettes blindées de fer, garnies de piques et armées de canons, qu’ils poussent devant eux. P. [222] à [224], [375].
Les trois chevaliers envoyés en éclaireurs reviennent à Bruges. Le comte fait sonner le départ, et ses gens, au nombre de 40,000[341], viennent prendre position en face des Gantois. La journée est déjà assez avancée[342]. Effrayés par les 300 canons des Gantois[343] et aveuglés par le soleil, qui baisse à l’horizon, les Brugeois se débandent bientôt et s’enfuient vers la ville, poursuivis par leurs ennemis. Les morts sont nombreux[344]. P. [224] à [227], [375], [376].
Voyant la lâcheté des gens de Bruges[345], le comte, avec quelques chevaliers[346], profite de la nuit qui commence pour rentrer dans Bruges, dont il ordonne de fermer les portes. Il convoque toute la population sur la place du marché. P. [227], [228], [376], [377].
Les Gantois brisent les portes et s’emparent de la ville[347]. Le comte, qui se rend au marché, est forcé de renvoyer son escorte et de revêtir la houppelande de son valet[348]. P. [228] à [231], [377], [378].
A minuit, il se fait reconnaître d’une pauvre femme, qui le cache dans le lit de ses enfants[349]: il échappe ainsi aux recherches des routiers de Gand, qui veulent le remettre vivant aux mains de Philippe d’Artevelde. P. [231] à [233], [378], [379].
Maîtres de la ville, les Gantois, sur l’ordre de François Ackerman, épargnent les marchands et les étrangers, mais sont sans pitié pour les quatre métiers, courtiers, fripiers, bouchers et poissonniers, qui ont toujours été du parti du comte: on en tue plus de 1,200, leurs maisons sont pillées[350], leurs femmes violentées.
Le dimanche matin, 4 mai, à sept heures, les habitants de Gand apprennent la nouvelle de leur victoire et en ont grande joie. A Audenarde, la frayeur est extrême[351], car on craint l’arrivée des Gantois qui, avec 3 ou 4,000 hommes, prendraient facilement la ville. Mais il n’en est rien, et les gens d’Audenarde, encouragés par trois chevaliers, Jean de Baronaige[352], Thierri d’Anvaing[353] et Florent de Heule[354], attendent la venue de Daniel d’Halewyn que le comte va leur envoyer. P. [233] à [235], [379], [380].