CHAPITRE XI.
1380, septembre. ENTRÉE EN BRETAGNE DE L’ARMÉE DU COMTE DE BUCKINGHAM.—4 novembre. COURONNEMENT DU ROI CHARLES VI A REIMS.—Du commencement de novembre au 2 janvier 1381. SIÈGE DE NANTES PAR LES ANGLAIS.—HIVERNAGE DES ANGLAIS EN BRETAGNE.—15 janvier et 4 avril. TRAITÉ DE PAIX ENTRE LE ROI DE FRANCE ET LE DUC DE BRETAGNE.—11 avril. LES ANGLAIS ÉVACUENT LA BRETAGNE; BUCKINGHAM RENTRE EN ANGLETERRE (§§ [169] à [192]).
La nouvelle de la mort du roi Charles V arrive à Buckingham au moment où, après avoir traversé la Sarthe à Noyen, il fait reposer ses gens à Poillé[1]; elle parvient en même temps au Mans[2], au quartier général de l’armée française, dont les chefs se dispersent pour courir aux informations. Les Anglais poursuivent leur route par Saint-Pierre-sur-Erve[3] et par Argentré[4], passent la Mayenne au milieu de marécages dangereux et s’arrêtent à Cossé[5], pour attendre les instructions du duc de Bretagne[6].
Le duc, qui se trouve à Hennebont, mécontent de l’hostilité continue de ses villes et particulièrement de Nantes, à l’approche des Anglais, députe vers Buckingham ses conseillers habituels: Bertrand de Montbouchier, Étienne Guyon, Guillaume Tannegui, Eustache de la Houssaie, Geoffroi de Kerimel et l’élu de Léon[7], pour lui demander de venir à Rennes conférer ensemble.
Cette ambassade rejoint à Châteaubourg[8] l’armée anglaise, qui de Cossé, à travers la forêt de la Gravelle[9], avait gagné Vitré[10], puis Châteaubourg, sûre désormais de ne plus être poursuivie par les Français. P. [1] à [3], [297], [298].
Après de longs pourparlers au cours desquels Buckingham se plaint de ne pas être accueilli en Bretagne comme il s’y attendait d’après les conventions passées, rendez-vous est pris pour Rennes, où les Anglais arrivent au bout de quelques jours. Mais ils n’y peuvent entrer et les portes de la ville ne s’entr’ouvrent que pour loger le comte et quelques barons avec lui. Ils attendent ainsi plus de quinze jours la venue du duc de Bretagne, qui multiplie ses excuses plus ou moins sincères.
Les Nantais profitent de ce répit pour obtenir des quatre oncles du roi, ayant alors le gouvernement du royaume, six cents lances de renfort, qui les mettent en état de soutenir un siège[11]. P. [4] à [6], [298], [299].
Las d’attendre, le comte de Buckingham envoie vers le duc de Bretagne comme messagers: Robert Knolles, Thomas de Persi et Thomas Trivet, accompagnés de cinq cents lances, tandis que lui-même, avec le restant de ses hommes, s’achemine vers Combourg[12] par Saint-Sulpice[13]. Le duc, qui s’était décidé à quitter Vannes, où il était allé en partant de Hennebont, rencontre les trois chevaliers et se dirige avec eux sur Rennes. Entrevue à Hédé[14] du duc et de Buckingham; dîner à la Mézière[15]; longues conférences à Rennes entre le duc et les envoyés du comte. P. [6] à [8], [299], [300].
Finalement le duc de Bretagne s’engage à venir mettre le siège devant Nantes, quinze jours au plus tard après l’arrivée des forces anglaises sous les murs de cette ville, et à fournir les barques nécessaires. Le comte revient de Hédé prendre acte de cette convention à Rennes, et le duc retourne à Hennebont, tandis que les Anglais mettent quinze jours encore à faire leurs préparatifs[16].
De leur côté, les Nantais, ayant à leur tête Jean le Barrois des Barres[17], Jean de Châteaumorand[18], le sire de Tournemine[19] et autres, s’apprêtent à la défense. P. [8], [9], [300].