CHAPITRE XVII.
1382, 12 novembre. LE ROI CHARLES VI QUITTE ARRAS POUR ENTRER EN FLANDRE.—17-19 novembre. PASSAGE DE LA LYS.—21 novembre. SOUMISSION D’YPRES ET DES VILLES VOISINES.—27 novembre. BATAILLE DE ROOSEBEKE.—30 novembre. SOUMISSION DE BRUGES.—1er décembre. ENTRÉE DU ROI A COURTRAI.—18 décembre. LE ROI SE REND A TOURNAI, OÙ IL SÉJOURNE JUSQU’AU 28 (§§ [313] à [351]).
Depuis quelque temps déjà le roi Charles VI est à Arras, désireux de faire campagne contre les Flamands et de les châtier. Il y reste huit jours[1], puis se rend à Lens. Le 3 novembre il est à Seclin[2], où les chefs de l’armée tiennent conseil pour savoir comment on pourra entrer en Flandre, malgré le mauvais temps, malgré les garnisons préposées à la défense des gués. Les opinions sont partagées: les uns, comme le connétable Olivier de Clisson, sont d’avis de marcher droit devant eux et de passer la Lys à Comines et à Warnéton, ou un peu plus en amont, à Estaires et à Saint-Venant; les autres, comme le sire de Couci, craignant de s’aventurer dans des pays peu sûrs, préféreraient se diriger sur Tournai, et, après avoir traversé l’Escaut, aller sur Audenarde pour y rencontrer Philippe d’Artevelde. Le premier avis est finalement adopté; il faut, en effet, agir vite avant que les secours que les Flamands sont allés demander aux Anglais aient pu arriver[3]. P. [1] à [5], [317] à [319].
Les dispositions sont prises pour la marche en avant. Josse d’Halewin et le seigneur de Rambures[4] iront en tête, avec 1,760 hommes de pied, chargés de préparer le chemin. L’avant-garde, commandée par les maréchaux de France, de Flandre et de Bourgogne, comptera 1,200 hommes d’armes et 700 arbalétriers, sans parler des 4,000 hommes de pied fournis par le comte de Flandre, qui viendra ensuite avec 16,000 hommes, tant chevaliers qu’écuyers et gens de pied. Le roi sera accompagné de ses trois oncles, les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon, du comte de la Marche, de Jacques de Bourbon, son frère, du comte de Clermont, dauphin d’Auvergne, du comte de Dammartin, du comte de Sancerre, de Jean, comte d’Auvergne et de Boulogne, et de 6,000 hommes d’armes et 2,000 arbalétriers[5]. L’arrière-garde, forte de 2,000 hommes d’armes et de 200 arbalétriers, sera conduite par Jean d’Artois, comte d’Eu, par Gui, comte de Blois, par Waleran, comte de Saint-Pol, par Jean[6], comte d’Harcourt, par Hugues de Châtillon et le seigneur de Fère[7]. L’oriflamme sera portée par Pierre de Villiers[8], escorté de quatre chevaliers, Robert le Baveux[9], Gui de Saucourt, Maurice de Tréséguidi et Baudrain de la Heuse[10]; les deux bannières seront gardées par le Borgne de Ruet et le Borgne de Montdoucet[11]. Le comte d’Albret, le sire de Couci et Hugues de Châlon[12] sont chargés du service d’état-major; les maréchaux des logis du roi sont Guillaume de Masmines et le seigneur de Campremi. La garde du roi est confiée à huit vaillants chevaliers[13], qui ne doivent pas le quitter: Raoul de Raineval, le Bègue de Villaines, Aimenion de Pommiers, Enguerran d’Eudin, Jean la Personne, vicomte d’Aci, Gui le Baveux, Nicolas Painel et Guillaume des Bordes. Enfin Olivier de Clisson, connétable de France, l’amiral Jean de Vienne et Guillaume de Poitiers, bâtard de Langres, doivent recueillir tous les renseignements sur la situation de l’armée ennemie.
Ces dispositions prises, on décide que le lendemain[14] le roi quittera Seclin, passera par Lille[15] sans s’y arrêter et ira gîter à l’abbaye de Marquette[16], tandis que l’avant-garde avancera plus loin. P. [5] à [8], [319].
Le lendemain donc, l’avant-garde se dirige sur Comines, suivant les chemins tracés par Josse d’Halewin et le seigneur de Rambures. Mais le pont détruit est défendu par Pierre du Bois et ses troupes[17], les gués manquent, impossible de passer; impossible aussi d’aller chercher à Lille des bateaux par la Deule[18], car la rivière, semée de pieux, n’est plus navigable. Le connétable et les maréchaux de France et de Bourgogne ne savent à quel parti se résoudre. P. [8] à [10], [320].
Ceux d’entre les chevaliers qui connaissent le pays n’ont pas de ces hésitations; c’est ainsi que plusieurs seigneurs, le seigneur de Sempi, puis Herbaut de Belleperche, Jean de Roie, Hervé de Mauni[19], Jean de Malestroit et Jean Chauderon, en venant de Lille à Comines, se sont procuré de petits bateaux et les ont transportés avec eux sur des chariots; ils s’en servent pour passer en cachette la Lys au-dessous de Comines, malgré les conseils de prudence que leur donne le maréchal Louis de Sancerre. Après eux, c’est le tour de Louis d’Enghien, comte de Conversano[20], d’Eustache et de Fierabras de Vertaing et d’autres encore. P. [10] à [13], [320] à [322].
Cent cinquante chevaliers passent ainsi, parmi eux le seigneur de Rieux. Le connétable, craignant alors que les Flamands du pont de Comines ne s’aperçoivent de quelque chose, donne l’ordre de les occuper par une attaque d’arbalétriers[21], qui protège ainsi le passage de ses troupes. P. [13], [14], [322].
Le lundi soir[22], quatre cents hommes d’armes, la fleur de la noblesse, ont passé la rivière. Louis de Sancerre se joint à eux, ainsi que le seigneur de Hangest et Perceval d’Esneval; il se met à leur tête, et la petite troupe, à travers les marais, s’achemine vers Comines, où elle compte entrer le soir même.
Pierre du Bois les aperçoit de loin, mais les laisse approcher, attendant pour agir que la nuit soit tout à fait noire. P. [14] à [16], [322], [323].