—Vous me lâchez?
Je n’aime pas beaucoup cette expression.
—Oui. Je vous quitte.
Etriquée dans son chagrin comme dans ses joies, elle me regarde sans parler. Le crépuscule lui va bien mal, ses yeux s’enfoncent, son menton sort, son visage entier devient masque; il ne lui manquerait plus que de sourire pour y ajouter les rides.
—Souriez-moi, Dolly.
Tendrement, pauvrement, elle me sourit.
La Mort? Les morts?
Je porte mille deuils qui ne m’appartiennent même pas. Des jeunes gens, des jeunes femmes, que je rencontrai une ou deux fois et dont j’ai appris soudain la mort, m’apparaissent et deviennent mes familiers. Je rêve presque continuellement à eux. Souvent c’est Laure de Bertilly, qui se penche, qui se tait. Souvent c’est Edith Goçelan, qui mourut après trois mois de mariage. Debout contre la muraille, elle ne sait non plus que dire. Je l’interroge.
—Edith, est-ce encore la vie, là où vous êtes!
Elle prend ma main et l’appuie contre sa poitrine. Son cœur est toujours là. Mais il ne bat pas à coups secs et meurtriers, comme notre cœur, bélier perfide qui sape, de l’intérieur même, la forteresse. Le cœur d’Edith flambe. Point de veines, point d’artères. Une chaleur égale gagne son corps. Sa chair est une comme la chair des fruits.