La larve primaire est coriace, et s'établit sur le corps des hyménoptères. Son but est de se faire transporter dans une cellule pleine de miel. Arrivée dans la cellule, elle dévore l'œuf de l'hyménoptère, et son rôle est fini.

La seconde larve est molle, et diffère totalement de la larve primaire sous le rapport de ses caractères extérieurs. Elle se nourrit du miel que renferme la cellule usurpée.

La pseudo-chrysalide est un corps privé de tout mouvement et revêtu de téguments cornés comparables à ceux des pupes et des chrysalides. Sur ces téguments se dessinent un masque céphalique sans parties mobiles et distinctes, six tubercules indices des pattes, et neuf paires d'orifices stigmatiques. Chez les Sitaris, la pseudo-chrysalide est renfermée dans une sorte d'outre close, et dans les Zonitis dans un sac étroitement appliqué, que forme la peau de la seconde larve. Chez les Méloés, elle est simplement à demi invaginée dans la peau fendue de la seconde larve.

La troisième larve reproduit, à peu de chose près, les caractères de la seconde: elle est renfermée, chez les Sitaris et très probablement aussi chez les Zonitis, dans une double enveloppe utriculaire formée par la peau de la seconde larve et par la dépouille de la pseudo-chrysalide. Chez les Méloés, elle est à demi incluse dans les téguments pseudo-chrysalidaires fendus, comme ceux-ci sont, à leur tour, à demi inclus dans la peau de la seconde larve.

À partir de cette troisième larve, les métamorphoses suivent leur cours habituel, c'est-à-dire que cette larve devient nymphe; et cette nymphe, insecte parfait.

NOTES:

[1] L. Couty, Revue scientifique, 6 août 1881.

[2] Je confonds sous ce nom trois espèces, savoir: Eumenes pomiformis Fabr., E. bipunctis Sauss., E. dubius Sauss. Ne les ayant pas distinguées dans mes premières recherches, qui datent déjà de bien loin, il m'est impossible aujourd'hui de rapporter à chacune d'elles le nid correspondant. Les mœurs étant les mêmes, cette confusion est sans inconvénient dans l'ordre d'idées de ce chapitre.

[3] Il est si peu connu que j'ai fait grave erreur en m'occupant de lui dans le premier volume de ces Souvenirs. Sous ma dénomination erronée de Chalicodoma sicula, sont comprises en réalité deux espèces, l'une nidifiant dans nos habitations, en particulier sous les tuiles des hangars, l'autre nidifiant sur les rameaux des arbustes. La première espèce a reçu divers noms, qui sont, dans l'ordre de priorité: Chalicodoma pyrenaica Lep. (Megachile); Chalicodoma pyrrhopeza Gerstäcker; Chalicodoma rufitarsis Giraud. Il est fâcheux que le nom ayant pour lui la priorité se prête au malentendu. J'hésite à qualifier de pyrénéen un insecte bien moins fréquent dans les Pyrénées que dans la région. Je l'appellerai Chalicodome des hangars. Ce nom est sans inconvénient aucun dans un livre où le lecteur préfère la clarté aux exigences de l'entomologie systématique. La seconde espèce, celle qui fait son nid sur les rameaux, est le Chalicodoma rufescens J. Pérez. Pour les mêmes motifs, je l'appellerai Chalicodome des arbustes. Je dois ces corrections à l'obligeance du savant professeur de Bordeaux, M. J. Pérez, si versé dans la connaissance des hyménoptères.

[4] J'effacerais volontiers, si j'en avais la possibilité, quelques lignes un peu vives que je me suis permises dans le premier volume de ces Souvenirs; mais scripta manent, et je ne peux que réparer ici, dans une note, l'erreur où je suis tombé. Sur la foi de Lacordaire, qui, dans son introduction à l'Entomologie, rapporte l'observation d'Erasme Darwin, je croyais qu'un Sphex était donné comme le héros de l'histoire. Pouvais-je faire autrement, n'ayant pas d'autre livre sous les yeux; pouvais-je soupçonner qu'un entomologiste de ce mérite fût capable d'une méprise qui remplace une Guêpe par un Sphex. Avec ces données, ma perplexité fut grande. Un Sphex capturant une mouche, c'était impossible, et je le reprochais à l'historien. Qu'avait donc vu le savant anglais! La logique aidant, j'affirmais que c'était une Guêpe, et je ne pouvais rencontrer plus juste. Ch. Darwin, en effet, m'apprit plus tard que son grand-père avait dit a wasp, dans son livre Zoonomia. Si la rectification honorait ma perspicacité, elle ne m'était pas moins très pénible, car j'avais émis des soupçons sur la clairvoyance de l'observateur, soupçons injustes où m'avait entraîné l'infidélité du traducteur. Que cette note remette dans les limites convenables les affirmations de ma bonne foi surprise. Je fais hardiment la guerre aux idées que je crois fausses; mais Dieu me garde de le faire jamais à ceux qui les soutiennent.