Le 10, mardi.—On lui dit que M. Birat étoit revenu de Montargis, il s'en réjouit, l'envoie querir, l'attend avec impatience; il étoit de ceux qui le faisoient jouer.—Étudié à contrecœur, après avoir bien marchandé.

Le 11, mercredi.—M. Caulet, chirurgien aux chevau-légers du Roi, lui a coupé les cheveux en homme.

Le 14, samedi.—Il pleure fort sur ce qu'il voit pleurer Mme de Montglat pour les mauvaises nouvelles de son mari, qui étoit mort[415]. M. de Souvré le fait étudier; ce fut la première fois.

Le 15, dimanche.—Mené sur la chaussée, où il voit M. du Brocq voltiger sur un cheval. Il demande d'aller voir Mamanga, mais je veux pas qu'elle pleure. Il y va: Bonsoir Mamanga, je veux pas que vous pleuriez, riez; il la veut emmener pour coucher en sa chambre.

Juil
1607

Le 17, mardi, à Fontainebleau.—Il ne veut point que M. Guérin le serve (à souper), pour ce qu'il avoit touché à Mlle de Vendôme pour l'asseoir à table; il se y opiniâtre. L'on vient à parler du tonnerre, qui le jour précédent, sur les trois heures, étoit tombé à Moret dans la chambre où M. le comte de Moret, âgé de deux mois et demi, étoit entre les bras de sa nourrice, près de la fenêtre, où il entra sans offenser personne. Je dis que la chambre étoit pleine d'opiniâtres; il ne dit mot, mais incontinent après dit: Guérin, prenez la serviette, servez-moi.

Le 18, mercredi.—J'allai à Moret voir M. le comte de Moret, qui se portoit bien et avoit été miraculeusement sauvé du tonnerre, qui entra par les fenêtres de sa chambre, du côté du midi, à deux pas près de lui, étant dans les bras de sa nourrice.

Le 21, samedi.—A onze heures dîné; il demande de la tisane de Mlle de Vendôme à boire, M. Guérin lui dit que c'étoit du vin: Bien, c'est tout un, donnez-m'en, et il me regarde, et me commande de lui en faire donner. Je lui dis: «Monsieur, il vous feroit mal».—Papa le veut.—«Monsieur, c'est quand vous mangez avec lui». Il commence à s'échauffer de colère: Vous êtes un homme de neige, vous êtes laid!—«Oui Monsieur, mais vous ne boirez pas de vin, car il vous feroit mal». Sur ce refus il prend un couteau et, tout ardent de colère, m'en menace. Je lui dis: «Adieu, Monsieur, je m'en vais tout à fait.» Je pars, et m'en allai en ma chambre; il envoie plusieurs fois vers moi, et après plusieurs refus je retourne. Il dit qu'il est bien marri de ce qu'il a fait et que jamais il n'y retournera, demande à boire. On lui sert de son breuvage, dont il ne vouloit pas, en boit fort peu et par menace. Il est toujours sur ce vin; il en vouloit, je lui résiste encore: Je vous aime point, vous êtes un bel homme de neige.—«Monsieur, je l'écrirai au Roi, ou je m'en irai le lui dire».—Je m'en soucie bien.—«Bien donc, Monsieur, puisque je ne vous sers plus de rien, Juil
1607 adieu, je m'en vais tout à bon trouver le Roi.» Je pars, il envoie plusieurs fois après moi; je ne y retourne plus, cependant il continue à dîner. A deux heures il vient en ma chambre, après s'être informé de lui-même si je m'en allois; on lui dit que oui, et que c'étoit en carrosse: Ho! son carrosse est à Vaugrigneuse et celui de Mamanga est à Paris! Mme de Montglat le conduisoit, il marchandoit à entrer; il entre, je le salue sans dire mot; il s'en vient enfin à moi: Je vous prie, ne vous en allez pas!—«Monsieur, que voulez-vous que je fasse ici, auprès de vous, puisque vous ne voulez pas faire ce qui est pour votre santé; je ne y sers plus de rien».—Je ferai plus; et la paix fut faite. Sur les trois heures Boileau, son violon, se présente pour le faire danser, il lui dit des injures, et le veut frapper; Mme de Montglat l'aperçoit, elle le fait prendre et tenir par Boileau, et il fut fouetté.—Mme la comtesse de Moret le vient voir.

Le 23, lundi, à Fontainebleau.—Il se réjouit d'aller à Saint-Germain, sur la nouvelle qui en étoit venue de la part de la Reine.

Le 24, mardi.—Il va en la galerie, s'y joue, s'y amuse, va chez sa nourrice, et à trois heures y a goûté, puis écrit; en écrivant M. Boquet (mari de sa nourrice) crioit après Pataut, son chien, pour ce qu'il faisoit du bruit pendant que Monseigneur écrivoit: Hé! Boquet, savez-vous pas que c'est une bête, quelle n'a point de raison?