Louis.

Et pour suscription: A Papa.

Il vient un mercier qui portoit des besognes d'ambre jaune; il y avoit un cordon incarnat avec des grains d'ambre entre deux. Il l'essaye à son chapeau, et dit gaiement: Il est bon à mon chapeau, combien en voulez-vous?—«Monsieur, dix écus; je l'ai fait exprès pour vous.» Mme de Montglat survient: Mamanga, velà un cordon qu'il a fait exprès pour moi; il n'en demande que dix écus.—«Monsieur, c'est beaucoup.»—Hé! Mamanga, je demanderai à mousseu de Sully cent écus, et je vous les baillerai.—«Bien, Monsieur, prenez-le.»—Ho! non, Mamanga, je veux qu'on le paye devant, je le prendrai pas qui ne soit payé. Le marquis de Mortemart lui demande: «Monseigneur, qui aimez-vous mieux, de M. de Liancourt ou moi?» il répond promptement: Je vous aime bien tous deux; mettez-vous là, et vous là Liancourt.

Le 11, samedi.—Il fait son exemple, écrit sur du papier rouge avec de l'encre argentée. M. le comte de la Oct
1608 Voute arrive cette après-dînée pour demeurer auprès de lui.

Le 12, dimanche.—Jouant avec les petits marquis et comte de Mortemart, les comtes de Torigny et de la Voute, et le petit Liancourt, il dit à Mme de Montglat: Mamanga, je vous prie que j'aille en votre chambre, et j'équirai. Ils ne font que m'importuner: l'un me tire, l'autre me pousse, l'autre me parle à l'oreille; je ne sais où me mettre.

Le 13, lundi.—Il va jouer en la salle du bal; Mme de Fontaine-Martel y amène son fils, âgé d'environ dix ans. Mené au jardin, il s'amuse à paver lui-même un chemin, porte le pavé, le met en œuvre; Mlle de Vaux, veuve de M. de Montholon et belle damoiselle, lui demanda: «Monsieur, vous plaît-il que j'en porte?»—Ho! non, vous n'y êtes pas propre; comment le porteriez-vous?—«Monsieur, là dessus,» dit-elle en montrant son vertugadin.—Non, vous vous gâteriez toute.

Le 14, mardi, à Saint-Germain.—A huit heures et demie dragée de rhubarbe, deux onces; levé, vêtu, il entend la messe, puis s'amuse à tirer de l'arc que M. de Brèves lui avoit apporté de Turquie. Mme de Montglat envoyoit savoir des nouvelles de M. de Frontenac, qui avoit pris médecine, le Dauphin dit: Et moi aussi dites-lui que j'ai prins médecine; le page étant revenu, le Dauphin lui dit de son mouvement: Allez-vous-en savoir comme il s'en porte par le cu.

Le 15, mercredi.—Il s'amuse à faire faire des chevaux de carte par son tailleur; lui, avec la plume et l'encre, leur fait les yeux, le crin, la queue. Mené au jardin, il y fait porter son arc turquois, va le long des palissades tirer aux petits oiseaux.

Le 17, vendredi.—Mis en carrosse pour aller à la garenne, goûté dans le bac en passant, il va à main gauche de la garenne, où il voit prendre quatre lapins en deux divers endroits. Mme la comtesse de Chaligny, qui le venoit voir, le salue en la garenne. Ramené au Pecq, il Oct
1608 voit pêcher; il ne se prend que deux bien petits poissons, dont il fait donner un quart d'écu au pêcheur. Étant dans le bac, en revenant, le Dauphin entend dire que l'on avoit défendu l'entrée à un nommé Godin, de Blois, égaré de son entendement, étant devenu amoureux de Mlle de Vendôme et maintenant de Madame; il défend qu'on ne lui fasse point de mal, et dit: Hé! mon Dieu! les loups le mangeront! qu'on le laisse entrer, qu'on le laisse entrer.

Le 18, samedi.—Il écrit son exemple, puis va à la messe en la petite salle, après au jardin, où il se met dans son petit chariot que M. de Verneuil lui avoit donné, fait le conducteur, une grande houssine à la main et le fait tirer par quatre pages et suivre par les sieurs comtes de la Voute, de Torigny, les sieurs de Liancourt et de Fontaine-Martel, fait plusieurs fois les allées du jardin. Ramené à onze heures et demie; Mme la comtesse de Mansfeld le vient saluer. Dîné; Mme la comtesse de Mansfeld lui donne douze chiens, et lui dit qu'ils sont beaux: Je m'en soucie pas qu'ils soient laids, mais qu'ils soient bons. Amusé jusques à trois heures, il va par le pont de la chapelle aux grottes, y mène cette comtesse, descend au parterre, puis va bien avant aux vignes, par le sentier qui va à Carrières. M. le comte de Torigny en se jouant heurta à la tête M. de Fontaine-Martel; le Dauphin le voit, et commande à son précepteur: Donnez le fouet au comte de Torigny; vous aurez le fouet, comte de Torigny, dit-il avec action sérieuse, et, quelque prière qu'on lui sût faire, il ne voulut jamais révoquer ce commandement. Ramené à cinq heures, pendant qu'il étoit sur la chaise percée, je lui dis: «Monsieur, ne pardonnez-vous pas à M. le comte de Torigny? Ç'a été sans y penser ce qu'il a fait.»—Ho! non, mousseu Héroua; excusez-moi, il lui a jeté sur la tête.—«Mais, Monsieur, vous commanderez à son précepteur de ne le fouetter pas, à la charge qu'il ne le fera plus?»—Astheure, astheure, Oct
1608 mousseu Héroua, mais je le fais afin qu'il n'y retourne plus.
—«Monsieur, s'il avoit été fouetté, il n'aimeroit jamais monsieur de Fontaine-Martel, l'ayant été à son occasion, et puis quand ils seroient grands ils se battroient et tueroient. Vous êtes leur maître: quand ils feront faute, il faut que vous les repreniez, et, pour les bien châtier, dites-leur que vous ne les aimerez plus s'ils ne sont sages. Le Roi les a mis ici auprès de vous afin qu'ils apprennent à vous aimer et à vous servir; ils sont tous de grande et riche maison.»—Qui est le plus riche? On les mit à l'égalité.