Un autre extrait se trouve à la Bibliothèque de l'Arsenal, dans le Recueil de pièces sur l'histoire de France, no 184. Ce manuscrit a pour titre: Journal du Roy Louis XIIIe par Me Jeh. Hérouard, son premier médecin; il comprend de janvier 1614 à décembre 1617.
Le quatrième et dernier manuscrit que nous avons eu entre les mains est catalogué dans la Bibliothèque du P. Lelong à la suite du manuscrit original: «21448. MS. Ludovicotrophie ou journal de toutes les actions et de la santé de Louis Dauphin de France, qui fut ensuite le Roi Louis XIII, depuis le moment de sa naissance (le 27 septembre 1601) jusqu'au 29 janvier 1628; par Jehan Hérouard, premier médecin du Prince, in-4o, 4 vol.—Ce manuscrit qui contient des anecdotes singulières, et qui est important pour les dates, est conservé dans le cabinet de M. Genas, conseiller au Présidial de Nismes. Le premier volume, qui commence à la naissance du Prince, finit à l'année 1604. Il manque les années 1605 et 1606. Le second contient depuis 1607 jusqu'à 1610. Il manque ensuite les années 1611, 12 et 13. Le troisième volume commence à 1614 et finit en 1617. Il manque ensuite quatre années. Le quatrième et dernier volume comprend les années 1622 et suivantes, jusqu'au 29 janvier 1628 où l'auteur tomba malade à Aitré, et y mourut le 8 février suivant. Il étoit né le 22 juillet 1551. Outre ce qu'on a marqué, il y a encore quelques petites lacunes.»
Cette description est rigoureusement exacte, et c'est ce manuscrit, appartenant aujourd'hui à M. le marquis de Balincourt, dont la communication nous a permis de combler la lacune des trois premières années qui existe dans le manuscrit original de la Bibliothèque impériale. On a vu plus haut, sous la plume de Charles Guillemeau, l'ennemi d'Héroard et de son neveu Courtaud, ce nom de Ludovicotrophie que portent en effet, sur le dos de leur reliure en parchemin, les quatre volumes appartenant à M. de Balincourt. Une note d'une écriture microscopique, qui se trouve au bas de la première page du premier volume, indique que ce manuscrit a été commencé le 25 septembre 1648. Le manuscrit de M. de Balincourt n'est pas une reproduction intégrale de l'original avec lequel on peut le confronter dès le 1er janvier 1607; c'est aussi un extrait dans lequel on a supprimé la plus grande partie des détails qui choquaient Tallemant des Réaux. Ce travail a été exécuté d'après le manuscrit original, et l'on en trouve la preuve dès les premières lignes, en regard desquelles est relié un fragment de l'écriture d'Héroard qui est le commencement même de son registre: «Le 15e jour de septembre 1601[1] je reçus lettre, etc.» La copie, faite de la main même d'Héroard, de la lettre écrite par Biron à Mme de Montglat le 24 avril 1602, est également placée dans le manuscrit de M. de Balincourt, en regard de la journée du 28 avril, où le médecin mentionne cette lettre.
Toutes ces circonstances nous font supposer que, postérieurement à la mort de la veuve Héroard en 1640, Simon Courtaud était devenu possesseur du manuscrit de son oncle; que c'est lui qui, aux endroits des lacunes du manuscrit original, s'est plaint de la négligence de la veuve et des autres parents d'Héroard; et que c'est lui enfin qui, en préparant cet extrait et en imaginant le titre de Ludovicotrophie, projetait une publication pour laquelle il aurait rédigé la préface que nous reproduisons. Cet avis au lecteur se trouve en tête du manuscrit appartenant à M. le marquis de Balincourt; mais il n'est pas de la même écriture que le reste de la copie, et il n'est certainement pas de la main de Jean Héroard. Le texte en est autographe et corrigé par l'auteur, que nous croyons être Simon Courtaud.
Le dessein de l'auteur en cet œuvre a été divers et doit être diversement considéré: car son but étant de s'acquitter dignement du soin de la nourriture du Prince qui lui avoit été commise, il s'est principalement et particulièrement arrêté aux observations qu'il reconnoissoit, de jour en jour et d'heure à autre, nécessaires pour établir un solide jugement à l'avenir aux altérations et changemens auxquels, dès la naissance, la nature assujettit tous les hommes, et, par cette remarque sage, pénible, judicieuse et curieuse, prendre instruction et fondement pour conduire à bonne fin la charge de la santé du Prince pour laquelle le roi Henry le Grand avoit fait choix de sa personne, l'ayant considérée pour son expérience, pour son jugement et pour sa fidélité reconnue dès longtemps auparavant par Sa Majesté, par longs et signalés services. A quoi l'auteur se seroit porté avec tout le soin et diligence qui se pouvoit requérir, n'ayant laissé passer aucun accident, concernant la santé et infirmités du Prince, dont il n'aye fait les remarques, y joignant l'ordonnance et la sage application des remèdes, ensemble le récit et observation de ses inclinations et appétits particuliers; le tout si exactement et simplement décrit que l'on peut dire cet ouvrage sans exemple ni espérance d'un pareil à l'avenir. D'autre part l'auteur n'a point voulu donner à son ouvrage le titre d'histoire, ains seulement Journal et Registre particulier, d'autant que son but n'a point été de s'étendre plus avant dans l'histoire, comme il eût bien pu faire s'il eût voulu, ains il s'est tenu dans les limites de la vie particulière de son Prince et de son Maître, afin de ne rien prendre d'autrui et de ne mettre en avant que les choses qu'il auroit vues; imitant en quelque sorte ce qui étoit jadis usité par les anciens grands empereurs du Cathay, qui au bas de leur table tenoient toujours quatre secrétaires assis, qui mettoient en écrit tout ce que le Roi disoit, soit bien, soit mal; et de cet usage l'auteur n'a point été mauvais imitateur n'ayant laissé passer aucune parole ni action remarquable du Prince qui ne soit insérée en ce journal, ne faisant aussi en cela qu'obéir à son Prince qui lui commandoit expressément d'enregistrer les sentences et actions louables et vertueuses qu'il reconnoissoit dignes de lui: lequel commandement l'auteur faisoit souplement servir d'occasion pour réprimer les défauts de la jeunesse du Prince en le menaçant d'en charger son journal dont il étoit jaloux que cela ne fût point. Et de tout cet ouvrage non pareil et qui est comme une riche et agréable tapisserie de diverses matières et un chef-d'œuvre du soin d'un fidèle serviteur et sujet envers la personne de son Prince et de son Maître, il n'y a rien dont il soit fait mention en aucune histoire, et qui pourra servir de modèle et d'instruction à ceux qui ont ou auront à l'avenir la conduite de la santé et éducation des Princes, étant mêlé du médecin, du politique, du moral, même de méthode à tous pour l'éducation des enfans.
JOURNAL
DE
JEAN HÉROARD
SUR L'ENFANCE ET LA JEUNESSE
DE LOUIS XIII
ANNÉE 1601.
[Héroard est nommé premier médecin du futur Dauphin]; [paroles que lui adresse Henri IV].—[Naissance du Dauphin à Fontainebleau].—[Témoins de l'accouchement].—[Description du corps de l'enfant]; [remarque de la duchesse de Bar].—[Le Roi annonce lui-même l'événement].—[Départ des courriers].—[Paris de Zamet avec le Roi et la Reine].—[Première nourrice].—[Le Roi manque de laisser tomber son fils].—[Visites de grands personnages].—[Première chemise]; [mot de la duchesse de Bar].—[Avidité de l'enfant].—[Seconde nourrice].—[Le Dauphin transporté de Fontainebleau à Saint-Germain en Laye]; [son passage et sa réception à Melun et à Paris].—[Visites à Saint-Germain]; [la Reine y vient avec Mme de Guise et la Concini].—[Arrivée du Roi]; [il se joue avec son fils].—[Premier mot de l'enfant à sa nourrice].—[Arrivée des gardes du corps].—[La marquise de Verneuil à Saint-Germain].—[Jargon du Dauphin]; [il aime la musique].—[Visite des nonces du Pape].—[Remplacement de la première nourrice].