Le 10, lundi, au Louvre.—Mené en carrosse à la Savonnerie et à la Ville-l'Évêque, où il a goûté; après souper mené chez Leurs Majestés.

Le 11, mardi.—Mené en carrosse à l'hôtel du Luxembourg, et de là à cheval chez la reine Marguerite; après souper mené chez Leurs Majestés.

Le 12, mercredi.—Étudié, tiré des armes, dansé, mené chez LL. MM., et chez lui à onze heures. A trois heures il entre en carrosse pour aller coucher à Saint-Denis[659]; à six heures soupé, mené chez Leurs Majestés.

Le 13, jeudi.—Éveillé à six heures trois quarts, vêtu, prié Dieu; à sept heures trois quarts déjeûné, pain sec[660]. Mené à la messe puis chez LL. MM. A neuf heures et demie dîné. A onze heures trois quarts il va en cérémonie et entre en l'église avec la Reine que l'on alloit coroner et sacrer[661]. Il en sort à quatre heures, entre en carrosse et revient à Paris à sept heures. Soupé, mené en sa chambre; en voulant sauter sur son lit que l'on faisoit, il se heurte sur l'os de la jambe gauche, un peu effleuré. A neuf heures et un quart dévêtu, mis au lit, prié Dieu, il s'endort à dix heures.

Le 14, vendredi.—Éveillé à sept heures, levé, vêtu, prié Dieu. A huit heures et demie déjeûné, pain sec. Mené à sa chapelle, puis aux Tuileries et chez Leurs Majestés; à onze heures dîné, joué, étudié, etc., fort gai, goûté. Sur les quatre heures le Roi allant à l'Arsenal en carrosse est tué d'un coup de couteau par François Ravaillac, natif d'Angoulême, en la rue de la Ferronnerie; le sieur de Mai
1610 Saint-Michel, l'un de ses gentilshommes ordinaires le saisit et lui ôta le couteau. Monseigneur le Dauphin étoit en carrosse à la Croix du Tiroir s'allant promener, lors du coup; au bruit on le ramène incontinent dans le Louvre. Monseigneur le Dauphin l'ayant su en pleura, et dit: Ha! si je y eusse été avec mon épée, je l'eusse tué! Chacun se vient offrir à lui en la chambre de la Reine. A sept heures soupé en l'antichambre de la Reine; mené chez la Reine et chez lui; à neuf heures dévêtu, mis au lit, prié Dieu, il dit vouloir coucher avec M. de Souvré, pour ce qu'il me vient des songes. Couché avec M. de Souvré, il s'endort jusques à onze heures et demie; la Reine l'envoie querir pour le faire coucher dans la chambre, et y fait porter aussi M. de Verneuil, qui coucha avec lui. Il s'endort à minuit, et jusques à six heures et demie après minuit a assez mal reposé.

NOTES:

[1] Dans le Journal inédit de Henri IV, publié en 1862 par M. Halphen, Lestoile écrit à cette date: «Pour médecin de M. le Dauphin, on y mît Érouard, à la faveur et recommandation de M. de Bouillon,» et Lestoile ajoute «que ledit Érouard étoit de la Religion.» D'après ce témoignage qui se joint à celui de Guillemeau (pag. [XLV]), il faut croire que la conversion d'Héroard fut beaucoup plus tardive que nous ne l'avons supposé page [LXIV].

[2] Dame d'honneur de la Reine. Voy. page 3, [note 9].

[3] On a d'elle: Récit véritable de la naissance de Messeigneurs et Dames les enfans de France. Paris, 1626.