Le 29, mardi.—A onze heures un quart j'arrive de retour de Paris; je le salue, lui disant: «Monsieur, Dieu vous donne le bon jour.» Il ne fait pas semblant de me voir, mais se prend à courir et se cacher deçà delà, me guignant des yeux pleins d'allégresse et en passant tout riant, il me tendoit la main pour la baiser. Il en faisoit ainsi à ceux qu'il aimoit.

Le 7 mai, mercredi, à Saint-Germain.—Le Dauphin jouant au palemail[69] blessa d'un faux coup M. de Longueville Mai
1603 qui étoit près à lui, en l'encoignure gauche du front. Le coup fait, il en demeure étonné et se retourne court, comme s'enfuyant, n'osant presque regarder personne, se laisse sans résistance ôter le palemail.

Le 11, dimanche, à Saint-Germain.—A quatre heures et demie M. de Montmorency[70], fils de M. le connétable, le voit dans son berceau; on le hausse pour baiser la main au Dauphin, qu'il lui tend et le regarde fort résolûment. A huit heures trois quarts M. de Longueville et Mlle de Vendôme débattoient à qui donneroit la chemise à M. le Dauphin; la remueuse lui demande: «Monsieur, qui vous donnera votre chemise?» Il répond: Mme de Montglat[71]. M. de Longueville la sert et l'arrache à Mlle de Vendôme; M. de Montmorency sert une bande (sic), M. de Longueville une autre.

Le 23, vendredi.—A cinq heures j'arrive[72]. Il cheminoit en la basse cour. Je me présente à lui; il me tend de lui-même sa main à baiser, puis à ma femme, et après s'en va au carrosse de M. Sabathier, sieur du Mesnil, où nous étions venus. Il le faut mettre dedans, se fait promener, résolu, assis à la portière auprès de Mme de Montglat; mené dans le château, il n'en veut point sortir et crie.

Juin
1603

Le 4 juin, mercredi, à Saint-Germain, il écrivit cette lettre au Roi, moi lui tenant la main, ayant eu la patience entière:

Papa, Dieu vous donne le bon jour et à maman, j'ay bien enuie de vous voir pour vous faire rire. Adieu, bon jour, je suis papa vostre tres humble et tres obeissant fils et serviteur. Daulphin, et au-dessus: A Papa.

Le 10, mardi.—A midi le Roi arrive; il le va recevoir à l'entrée de la salle, reconnoît le Roi, qui se joue à lui, fait la révérence à la Reine, lui ôte son chapeau; elle le baise.

Le 11, mercredi.—Le Roi se joue à lui; à trois heures et demie M. le prince de Conty donne la chemise au Dauphin.

Le 12, jeudi.—Il joue au palemail, s'opiniâtre contre le Roi. A douze heures et demie les ambassadeurs d'Espagne, Juan Baptiste Taxis et Hieronimo Taxis, extraordinaire, qui alloit en Angleterre, lui font une grande révérence à l'entrée de la chambre et lui baisent la main. Le Roi et la Reine vont au palemail, font porter le Dauphin; il bat le tambour de la compagnie qui étoit en garde.