Le 2 octobre, jeudi, à Saint-Germain.—La prière ordinaire que l'on lui commença à apprendre ce fut, Oct
1603 après le Pater, Ave: «Dieu donne bonne vie à papa, à maman, au dauphin, à ma sœur, à ma tante, me donne sa bénédiction et sa grâce, et me fasse homme de bien, et me garde de tous mes ennemis, visibles et invisibles.» A onze heures et un quart, il mangeoit le dernier aileron d'un poulet, quand il arrive don Sanches de la Serta, maître d'hôtel du roi d'Espagne, fils du feu duc de Medina-Cœli, venant de la part du roi son maître pour voir M. le Dauphin, lui s'en allant en Flandres. M. le Dauphin quitte son poulet, Mme de Montglat lui essuie la main, il la présente. Don Sanches la prend ayant baisé la sienne, qu'il rebaise après; le sieur Hieronimo de Taxis, ambassadeur ordinaire d'Espagne, ayant baisé sa main prend celle de M. le Dauphin et la baise; ils demeurent découverts un peu de temps, puis se couvrent. Le Dauphin achève de dîner, demande à boire, boit à l'Infante. Il voit le poignard au côté d'un Espagnol, et, le montrant du doigt, dit: Ah, la petite épée! Ils vont dîner aux dépens du Roi. Le Dauphin, mené à la salle du bal, où avoient dîné les ambassadeurs, leur ôte son chapeau, et fait la révérence, le pied en arrière, puis va son chemin, eux suivent. Il branle la pique devant eux, il joue au palemail, sec et sans faillir, il danse toutes sortes de danses fort gentiment; il veut monter sur le théâtre[80] pour y danser. Les ambassadeurs montent les degrés pour dire adieu; don Sanches, baisant sa main, prend celle de M. le Dauphin et la baise, Taxis en fait autant, et il tend la main à baiser à tous les autres, à la rangette. Au dîner de M. le Dauphin, M. de Souvré dit au sieur Hieronimo Taxis: «Voilà un serviteur un jour pour l'Infante.» Il répond. «A juger selon le cours du monde; ils sont nés l'un pour l'autre.» Il m'en dit autant.

Oct
1603

Le 9 octobre, jeudi, à Saint-Germain.—Éveillé à huit heures; il fait l'opiniâtre, est fouetté pour la première fois. A six heures, j'arrive de Paris, lui étant sur les terrasses, je le trouve assis. Il trémousse d'aise de me voir, mord sa serviette, me regarde, puis détourne sa vue, en fait autant à ma femme. Il nomme fort bien le nom de M. de Beringhen.

Le 30, jeudi.—Il clarissimo Dandolo, ambassadeur extraordinaire de Venise, arrive pour le voir en passant, lui baise la main, le chapeau au poing. Le Dauphin compose sa contenance et lui ôte le sien, le prie de se couvrir en mettant la main sur son bonnet. Il danse devant l'ambassadeur, joue du tabourin, branle la pique.

Le 3 novembre, lundi, à Saint-Germain.—En s'habillant on lui dit: «Monsieur, dépêchons nous, nous irons jouer au jardin.—Nenni, nous irons voir M. Hérouard en sa chambre[81].» J'arrive là-dessus; il se prend à crier et pleurer à chaudes larmes, disant qu'il étoit bien fâché de ce que j'étois descendu, et qu'il vouloit aller à ma chambre. Je m'en retourne pour écrire une lettre, il s'apaise. On lui demande «Monsieur, où aimez-vous mieux aller, ou au jardin ou à la chambre de M. Hérouard?» Il répond: à Hérouard. Il me fait l'honneur d'y venir, me trouve écrivant en mon étude, entre gaiement me tendant la main. Il est tiré par un peintre, de sa hauteur, qui étoit de deux pieds neuf pouces.

Le 7, vendredi.—Le Dauphin est sevré.

Le 22, samedi.—M. de Saint-Géran, sous-lieutenant de sa compagnie[82], présente le président de Moulins et un échevin, lui offrant une épée, une lance et une paire d'armes complètes. Le président lui fait sa harangue Nov
1603 à genoux, lui offrant, de la part de MM. de Moulins, les armes avec leur très-humble affection à son service. Il les écoute, leur tend la main à baiser, prend l'épée, qu'il manie fort adroitement.

Le 29 novembre, samedi.—M. le président de Paulo, deuxième président à Toulouse, MM. Chauvet, de Trelon et Saint-Jory, conseillers, députés de la cour de parlement de Toulouse, [viennent pendant le dîner du Dauphin]. Il s'arrête, ne mange plus, leur tend sa main à baiser, puis ils lui font leur harangue. Il leur donne derechef la main à baiser.

Le 4 décembre, jeudi, à Saint-Germain.—Le Roi arrive, la Reine aussi. Dîné avec le Roi; il lui donne la serviette.

Le 5, vendredi.—Porté au Roi et à la Reine dans leur lit; à onze heures, porté au dîner du Roi. Le Roi se lève pour aller à la chasse, le Dauphin va achever de dîner avec la Reine. Mathurine[83] arrive, il la considère froidement; elle se joue avec lui, il en rit; elle se retrousse, il lui voit un haut-de-chausses, il se prend à rire et s'en moque.