Le 7, jeudi.—Mme de Montglat lui dit: «Monsieur, vous courez trop! papa ne fait pas comme cela.»—Non, Mamanga, mais quand il étoit petit comme moi il couroit comme ça.

Le 9, samedi.—M. de Montmorency, fils de M. le connétable[201], M. le comte d'Alès, fils de M. le comte d'Auvergne[202], M. le comte de la Voulte, fils de M. de Ventadour[203], M. de Précy, fils de M. de Bouteville-Montmorency[204], Juil
1605 et Mlle de Montmorency[205] arrivent; le Dauphin va à la chapelle, où il a fort crié; il faut envoyer querir Thomas, le maçon, il s'apaise. A dîner M. de Montmorency lui sert à boire; il écrit au Roi par un nommé Nervèze[206], qui lui avoit donné un petit livre. A souper M. de Montmorency lui sert la serviette à laver[207]; le Dauphin, la prenant, dit: Or ça, je m'en vas laver à la françoise, et prenant la serviette, la toupillant: Voyez, velà comme on se lave à la françoise.

Le 10, dimanche, à Saint-Germain.—J'arrive de Paris avec M. de Souvré; il me voit du dessus de la terrasse de la salle du bal, m'appelle et me demande: Que m'apportez-vous? Je lui montre un papier sous le bras où il y avoit un cheval et un gendarme enveloppés; il se prend à tressaillir de joie et à courir pour venir à bas, vient à moi à sauts. Après dîner il va à la guerre, fait tirer son petit carrosse par MM. de Montmorency, de Ventadour, comte d'Alès et de Bouteville.

Le 11, lundi.—Il rencontre deux demoiselles, pas trop mal vêtues, qui ne demandoient encore rien; il reconnoît qu'elles avoient besoin, et leur donne un quart d'écu. A souper il se fait donner à boire par Mlle de Montmorency, ayant vu qu'elle en donnoit à Madame.

Le 12, mardi.—En passant par la salle il voit M. du Servon-Mailler assis dans une chaise, à cause de sa goutte; il va à lui, lui tend la main à baiser, et voyant qu'il avoit peine à se tenir: Seyez-vous, seyez-vous, lui dit-il, avec compassion et respect pour son âge.

Juil
1605

Le 13, mercredi.—Il reprend M. de Ventelet, qui disoit: Celui-ci. Je lui demande: «Monsieur, comment faut-il donc dire?»—Cettui-ci. L'on parloit de la reine Marguerite et on demandoit comment il l'appelleroit[208]; quelqu'un dit qu'il l'appelleroit sa tante.—Non, je l'appellerai ma sœur, ce sera Madame qui l'appellera sa tante.—«Monsieur, lui dit quelqu'un, ç'a été la femme à papa.»—Non, c'est maman, dit-il brusquement.

Le 14, jeudi, à Saint-Germain.—Mené au jardin, il rencontre en allant Mme la comtesse de Moret.

Le 15, vendredi.—Se jouant avec M. de Montmorency et M. le comte de la Voulte, qui lui demandoient congé de s'en retourner le lendemain: Non, dit-il, je veux que vous demeuriez avec moi.—«Monsieur, dit Birat, quelle charge lui donnerez-vous quand vous serez grand?»—Je le fairai mon connétable.—«Et à M. de la Voulte?»—Amiral. Mis au lit, il embrasse M. de Montmorency, qui lui disoit adieu pour s'en retourner à Chantilly, en fait autant aux sieurs comte de la Voulte, comte d'Alès et de Pressy; puis à Mlle de Montmorency il fait le honteux, ne la veut point embrasser, prend courage et l'embrasse avec honte, sans la baiser, donne la main à baiser à leur suite.

Le 19, mardi.—M. le baron de Toun, grand maréchal de Lorraine, le vient visiter de la part de Son Altesse et assiste à son souper; ce baron voulant prendre congé de lui, le Dauphin ne voulut jamais dire qu'il fut le serviteur de M. de Lorraine, comme Mme de Montglat le lui vouloit faire dire; il dit seulement entre ses dents: Je lui baise les mains. Quand il fut parti, Mme de Montglat lui dit: «Monsieur, pourquoi n'avez-vous voulu dire à ce gentilhomme que vous étiez serviteur de M. de Lorraine, Juil
1605 votre oncle?» Il songe, et puis répond: Pource que je suis trop petit.