Le 6, mercredi, à Monceaux.—En étudiant il s'amuse à dresser des escadrons en diverses sortes avec ses hommes de plomb, sur la table percée; son précepteur lui dit que, selon Platon, les dieux étoient par dessus les rois comme les rois étoient par dessus les hommes et les capitaines. Il répond soudain: Oui, mais il n'y a qu'un Dieu, il y a plusieurs rois. Mené en carrosse ouïr la messe aux Bonshommes, où lui sont offerts des raisins par eux; ramené à onze heures et demie, dîné; peu après il va jouer à la balle en la galerie.

Le 7, jeudi, à Monceaux.—Mené en carrosse à la chasse du cerf, hors du bois il monte à cheval, le voit prendre dans la rivière.

Le 8, vendredi, à Monceaux.—Il disoit à M. de Bellegarde, grand écuyer, qu'il avoit une arbalète: «Sire, dit-il, vous en tirez bien.»—Non, je tire pas bien, mais peu à peu nous apprendrons.—Il avoit un jeune garçon nommé César qui avoit été laquais; il le fit cocher de son petit carrosse à bidets et l'aimoit, en parloit souvent. On lui demanda pourquoi il l'aimoit, il répond soudain: Pource qu'il est homme de bien. Mené au parc à cheval, il prend un chevreuil, fait ce qu'il peut pour faire ruer le petit mulet sur quoi étoit monté M. de Souvré, tâchant d'une houssine à atteindre la croupe. M. de Bonnivet le suivoit à cheval, et il n'y avoit autre que lui; le Roi se retournant lui dit: Pourquoi allez-vous à cheval?—«Sire, pource que je n'ai pas bonnes jambes.»—Il ne faut donc pas que vous veniez ici après moi.

Le 9, samedi, à Monceaux.—Mené à la messe en la galerie, il donne le bonjour à la Reine. A une heure et demie il entre en carrosse, va à l'abbaye de Jouarre contre son gré et bien forcé; M. de Souvré le y porta[32]; Oct
1610 il faisoit fort mauvais temps de vent et de pluie. Ramené à cinq heures, il se va promener dans le parc, dans son petit carrosse à six bidets, que le sieur Constance, écuyer ordinaire, avoit fait couvrir; à cinq heures trois quarts il va chez la Reine. A huit heures et demie il étoit las; dévêtu, mis au lit, il ne veut pas que l'on ouvre le pied du lit quand il se couche, pour n'être vu du monde qui étoit en sa chambre, que l'on fait sortir.

Le 10, dimanche, à Monceaux.—Il s'amuse à mettre en diverses figures de bataillons ses hommes de plomb sur la table percée, n'en peut partir.

Le 11, lundi, voyage.—A sept heures déjeuné, mené à la messe, puis monté à cheval, mené à la Trousse, maison du capitaine de la porte; il y a dîné à dix heures trois quarts. A une heure il monte à cheval, et à quatre heures et demie arrive au château de Gandeleu. A six heures et demie soupé; il va chez la Reine. A huit heures et demie mis au lit, il se fâche de ce qu'il y avoit trop de monde en la chambre et dit: On y laisse entrer toute sorte de personnes.

Le 12, mardi, voyage.—Mené à la messe, puis à huit heures il entre en carrosse et part de Gandeleu; il va au Buisson, maison de M. le vicomte d'Ouchy[33], près de Coincy. A une heure il part du Buisson, est mené en carrosse et arrive à quatre heures à Fère en Tardenois, est logé au bourg, chez le grenetier. Il s'en va au château, le visite tout, va au parc après les daims; ramené à six heures, il va au-devant de la Reine, qui arrivoit.

Le 13, mercredi, voyage.—Déjeuné, étudié, mené à la messe, puis en carrosse au parc, où il est mis à cheval, court les daims, en fait prendre un pour le faire nourrir. A une heure il part de Fère, entre en carrosse et arrive à Fismes à quatre heures, est débotté; demi-heure après Oct
1610 M. de Souvré lui demande s'il vouloit aller se promener?—Oui, mais je ne saurois aller à cheval sans bottes.—«Vous irez à pied, il fait beau aller.»—Ho! non; velà qui seroit beau, j'irois à pied et l'on me suivroit à cheval!—«Il faut reprendre la botte.»—J'aime donc mieux que l'on me botte. A cinq heures et un quart il monte à cheval, est promené dehors. A huit heures dévêtu, mis au lit, il dit à M. de Souvré, qui tenoit la bougie: Mousseu de Souvré, sautez pour voir si le plancher branle; il étoit pesant, et pour couvrir la raillerie il dit: Si j'étois debout je sauterois, je le ferois bien branler.

Le 14, jeudi, voyage.—Éveillé à cinq heures, doucement, il dit qu'il n'a point dormi, qu'il a entendu courir la poste toute la nuit, et les charretiers qui crioient: Dia. A sept heures et demie il entre en carrosse et part de Fismes, se trouve mal en chemin, a mal au cœur; ce dit, il s'appuye sur M. de Souvré. Il étoit légèrement vêtu, il faisoit bien froid et il avoit mal reposé la nuit. Il arrive à deux lieues de Reims à.....[34], où il a bien dîné; à une heure il entre en carrosse, et à une demi-lieue de la ville monte à cheval pour son entrée; et, après avoir entendu patiemment toutes les harangues, il entre à Reims, va à Notre-Dame environ les cinq heures trois quarts. On lui prend son cheval; c'étoit un barbe blanc, il le veut ravoir. A sept heures soupé.

Le 15, vendredi, à Reims.—A sept heures et demie déjeuné, étudié; mené en carrosse à Saint-Remy, ramené à onze heures, il va chez la Reine, puis à onze heures et un quart dîné. A deux heures et demie mené à Saint-Pierre, où il a goûté; ramené à cinq heures, il va à vêpres à Notre-Dame. A huit heures trois quarts devêtu, mis au lit; l'on parloit d'une querelle qu'il y avoit entre quelques-uns de la musique et demandoit-on comment Oct
1610 ils se battroient; il répond: Il faut qu'ils se battent avec des luths.