Le 5, samedi, à Fontainebleau.—Éveillé à cinq heures et demie après minuit, il demande à quelle heure il s'étoit endormi[112] et, ayant compté: Il se faut lever, c'est assez dormi. Ses valets de chambre le veulent persuader de dormir encore, et disent que la Reine leur a commandé de ne le lever point qu'il ne soit six heures: Hé! comment est-il possible de faire dormir par force, quand on n'a pas envie; levé, déjeuné, étudié, etc. Après souper il va chez la Reine, à sept heures trois quarts est ramené, prie Dieu, puis descend son oratoire pour le faire partir le lendemain. Mis au lit, il s'endort à neuf heures et demie.
Le 6, dimanche, voyage.—Éveillé à quatre heures après minuit, il fait lever ses valets de chambre, dit qu'il ne sauroit dormir par force; levé, bon visage, gai. L'on avoit arrêté l'horloge par commandement de la Reine, il le jugea. Il fait détendre son lit, aide à faire ses coffres. A six heures déjeuné; il va chez M. de Souvré, qu'il trouve au lit, lui parle de ses harquebuses, qu'il en tirera par les chemins, lui demande s'il tire bien? «J'ai autrefois si bien tiré dit M. de Souvré, que de trois coups je n'ai pas agrandi le trou.»—Il faudroit être bien sot pour le croire, répond le Roi froidement. Il est mené à la chapelle près de la salle du bal, puis à neuf heures au parc, jusques au bout, et aux jardins, pour, ce dit-il, leur baiser les mains. Il va chez la Reine, et à une heure part de Fontainebleau en carrosse, d'où il descend trois fois dans la forêt pour tirer de la harquebuse. A quatre heures il arrive à Melun, va droit au jeu de paume, puis à un jardin près de là, y tire trois moineaux d'une harquebusade. Soupé en son logis, il se fait débotter, puis lui-même se met à nettoyer ses harquebuses qui avoient tiré.
Le 7, lundi, voyage.—Il part de Melun; à Villeneuve Saint-George dîné. A quatre heures et demie il arrive à Nov
1611 Paris, va à la volerie. A six heures et un quart soupé; pissé en un pot de verre, ses coffres n'étoient point arrivés. Il va au-devant de la Reine, qui arrivoit à sept heures.
Le 8, mardi, à Paris.—Étudié, etc.; mené aux Feuillants, joué aux Tuileries, il tire de la harquebuse aux petits oiseaux, en tue huit, et deux d'un coup qui étoient sur le faîte du pavillon. Après dîner il ne sort point, à cause du mauvais temps, ne veut point étudier; M. le marquis d'Ancre y va de la part de la Reine; étudié jusques à quatre heures; il n'en pouvoit sortir. A souper il raille M. le comte de la Rochefoucauld pource qu'il s'étoit frisé, disant: Hé! qui est ce seigneur (le fer chaud) qui a passé par ces cheveux? Hé! mon Dieu, qu'il est beau!
Le 11, vendredi.—Après dîner il va chez la Reine, là où l'ambassadeur d'Espagne annonce le décès de la reine d'Espagne[113].
Le 12, samedi.—Il envoie au cabinet des livres pour avoir des noëls et chante.
Le 13, dimanche, à Paris.—Exhorté, mené aux Tuileries par la galerie et aux Feuillants. En soupant il voit des bateleurs qui faisoient monter, descendre le long d'un bâton et pirouetter une chèvre sellée et bridée, un singe dessus; il n'a cesse tant qu'il eût acheté la chèvre; en donne vingt et six écus en or.
Le 14, lundi.—Il me fait l'honneur de me dire: Mes sœurs seront bien aises de me voir tirer de la harquebuse; toutes ces femmes crieront: Jésus! Mamanga[114] dira à Monsieur de Souvré pourquoi il me laisse tirer, et l'ira dire à la Reine ma mère. A une heure et demie mené en carrosse Nov
1611 à Saint-Germain-en-Laye; il y arrive à cinq heures, à l'arrivée va visiter Monsieur, son frère[115], qui étoit malade d'un endormissement avec quelques légères convulsions; il s'éveille, le Roi lui dit: Bonsoir, mon frère.—«Bonsoir, mon petit papa; vous me faites trop d'honneur de prendre la peine de me venir voir.» Le Roi se prend à pleurer, s'en va, et depuis ne le vit plus; il va au bâtiment neuf; soupé avec M. d'Anjou et Mesdames.
Le 15, mardi, à Saint-Germain.—Étudié, etc.; il va au parc, tire de la harquebuse, va chez la Reine.—Mis au lit, M. de Souvré lui parle de la maladie de Monsieur; le Roi demande: Ne y a-t-il point moyen de le sauver?—«Sire, les médecins y font ce qu'ils peuvent, mais il faut que vous priiez Dieu pour lui.»—Je le veux bien; ne faut-il point faire autre chose?—«Sire, il le faut vouer à Notre-Dame de Lorette.»—Je le veux bien; que faut-il faire? où est mon aumônier? L'aumônier vient, et dit au Roi: «Il faut faire une image d'argent de sa hauteur.»—Qu'on envoie à Paris tout à cette heure, qu'on se dépêche, dit le Roi avec ardeur, et puis il prie Dieu, la larme à l'œil.
Le 16, mercredi, à Saint-Germain.—Éveillé à une heure après minuit, il demande des nouvelles de Monsieur, son frère, et se rendort.—Monsieur d'Orléans, son frère, décède entre minuit et une heure, d'un endormissement joint à quelques convulsions; quelque temps auparavant il disoit qu'il avoit vu en songe un ange qui lui disoit que son bon papa avoit envie de le voir et qu'il le verroit bientôt: «Je l'embrasserai si fort», ce disoit-il gaiement.