Le 29, jeudi.—Mené à la verrerie, il fait faire des petites besognes.

Le 30, vendredi.—Il étudie fort gaiement, examine lui-même sa leçon latine, s'interroge et se répond sans faillir, y prend plaisir pource qu'il entend ce qu'il sait et les raisons de ce que l'on lui demande, ce qu'il ne faisoit pas auparavant qu'il ne les savoit pas. Il n'aime pas à ignorer ne à le paroître; dansé, tiré des armes. Mené au bois de Vincennes à la volerie, il faisoit un grand froid; ramené à cinq heures, étudié fort bien, gaiement.

Le 31, samedi.—Sur sa leçon, qui étoit que: Justus princeps debet semper habere in promptu clementiam pro delinquentibus, M. Le Fèvre, son précepteur, exagère cette vertu et la loue sur toutes, disant qu'un prince doit toujours pardonner; il répond: Et monsieur de Vatan? (prisonnier à la Conciergerie, pour crime de lèse-majesté). M. Le Fèvre lui dit: «Sire, le prince doit toujours pardonner, mais il doit envoyer aux magistrats le jugement des crimes.» Il songe, et pour faire voir qu'il ne tenoit pas à lui que le sieur de Vastan[126] n'obtînt pardon, il appelle: Monsieur de Souvré que je vous die un mot à l'oreille, et il lui dit: La Roine ma mère dit que si on lui Déc
1611 pardonnoit, il y en auroit beaucoup d'autres qui voudroient faire de même
.—«Vraiment, Sire, lui dit M. de Souvré, voilà une parole fort notable.» Je demande à M. de Souvré, tout haut, si le Roi auroit agréable que je l'écrive en mon journal, il dit: Monsieur de Souvré, dites-le lui à l'oreille. Il fait paroître sa discrétion au secret.—Mené aux Augustins, à vêpres, puis au Palais, où il achète quantité de petites besognes d'argent.

ANNÉE 1612.

[Le Roi communie au jour de l'an].—[Fête des Rois].—[Son goût pour la chasse de plus en plus développé].—[Vers du Roi].—[Ballet des trois parties du monde].—[Incendie au Louvre].—[Sermon de M. de Richelieu].—[Demande de la main de Madame pour le roi Philippe IV par l'ambassadeur d'Espagne].—[Quintaine à la place Royale].—[Mort du duc de Mantoue].—[Le Roi visite assez fréquemment la reine Marguerite].—[Voyage à Brie-Comte-Robert].—[Accident].—[Histoire d'une guenon].—[Mot à madame de Longueville].—[Le duc de Pastrano, ambassadeur d'Espagne].—[Contrat de Madame].—[Bal chez la reine Marguerite].—[Fête à ce sujet].—[Le Roi ne veut pas se mettre en deuil noir pour le comte de Soissons].—[Le Roi fouetté].

Le 1er janvier, dimanche.—Il ne veut point déjeuner, pource qu'il avoit à communier; exhorté, à neuf heures et demie mené à la messe à la chapelle de Bourbon; à dix heures trois quarts en la salle basse du Louvre, il touche deux cents malades. Mené en carrosse au sermon et aux vêpres à Saint-Louis, rue Saint-Antoine.

Le 5, jeudi.—A six heures et un quart il va chez la Reine, fait couper devant lui le gâteau des rois; il est le roi; j'eus l'honneur d'en être.

Le 7, samedi.—Mené en carrosse chez la reine Marguerite et de là voir M. le prince de Conty, où il a goûté.

Le 10, mardi.—En dînant M. de Marsilly[127], maître d'hôtel, disoit à M. le chevalier de Guise[128] que jamais Janv
1612 hommes n'ont tant aimé les oiseaux que feu M. le cardinal, son oncle, tué à Blois, et feu M. le maréchal de Montmorency; le Roi dit soudain: Oh! je ne leur en céderai rien. Je me lève à quatre heures pour les panser.