Le 11, vendredi.—Il va chez la Reine, où il la supplie pour la grâce d'une femme que, deux jours auparavant, il avoit rencontrée en revenant de la chasse, sur le pavé de Saint-Denis, condamnée à Senlis pour avoir fait mourir son enfant dont elle étoit grosse, laquelle s'étoit jetée à ses pieds, demandant grâce. Elle étoit appelante de la mort au Parlement, et laquelle le Roi avoit commandé qu'elle fût mise en un lieu particulier jusqu'à ce qu'il eût parlé à la Reine, n'ayant pas voulu qu'elle fût menée à la Conciergerie, disant: Monsieur de Souvré, ceux du Parlement la fairoient mourir. Il parle de cette femme, dit à M. de Souvré qu'il en parle à la Reine, autant à M. de Bassompierre, pour la disposer à la grâce, en dit des raisons: Les preuves de la mort ne sont pas certaines, il étoit mort auparavant, elle n'a été condamnée que sur des conjectures, et, se retournant à sa nourrice: Doundoun, dites à la marquise d'Ancre qu'elle dispose la Reine ma mère à lui donner sa grâce. Avec les sus raisons, et tout cela avec passion, et de l'inquiétude de peur que cette femme mourût; il demeure pensif, et soudain dit à M. de Souvré, quasi la larme à l'œil: Ceci me met en peine.

Le 12, samedi.—Le matin il va chez la Reine, et demande la grâce pour cette femme; il n'oublie pas à s'en ressouvenir; il raconte les mêmes choses que dessus pour sa justification.

Le 25, vendredi.—En soupant il raille M. de Souvré, qui le pressoit de manger de quelque sauce: Ho! ce sont des sauces à la Souvré; allez-vous-en chez un rôtisseur, il vous dira: Monsieur, c'est une sauce à la Souvré.

Le 26, samedi.—Il entre en mauvaise humeur avec M. de Souvré, dit qu'il est en colère, prie M. le duc de Bouillon, maréchal de France[145], de traiter l'accord et Janv
1613 de faire lever la main et jurer à M. de Souvré qu'il se mettra plus en colère et qu'il oublie tout le passé. M. de Bouillon le fait, et en cette sorte: «Monsieur de Souvré, levez la main: vous promettez de ne jamais vous mettre en colère tant que le roi fera bien?»—«Oui.»—«Et vous, sire, levez la main: vous promettez de faire toujours bien?»—Oui.

Le 29, mardi.—Parlant de la jupe de chasse d'un de ses gentilshommes servants, qui étoit rouge (la jupe), il dit: Il y a cinquante ans qu'elle est faite; c'est la jupe d'un vieux cocher de monsieur le maréchal de Fervaques. Il s'amuse souvent chez Madame à faire des laits d'amandes, des massepains.

Le 2 février, samedi.—M. de Souvré lui parloit d'aller au sermon dans l'après-dînée; il y résistoit, et me fait l'honneur de me demander s'il étoit pas vrai que lorsqu'on avoit mal aux dents il ne falloit pas aller au sermon? M. de Souvré lui parle d'un prédicateur, nommé Valadier[146], qui autrefois avoit été jésuite; il y songe un peu, et dit soudain: Non, monsieur de Souvré, je ne veux point aller à Valadier; il ne fait que crier contre Pouillan et contre Beringuan et les Huguenots. Beringhen étoit l'un de ses premiers valets de chambre, et Pouillan, nommé Mont-Pouillant[147], l'un de ses enfants d'honneur, huguenots.

Le 4, lundi.—M. de Souvré lui avoit fort loué le cidre dont M. le cardinal du Perron lui avoit envoyé une bouteille[148]; il en veut tâter; il en goûte dans un Fév
1613 verre une gorgée et demie pour la première fois, et commande qu'on lui en serve à son dîner.

Le 11, lundi.—Il assiste au conseil chez la Reine, où il n'y avoit que M. le chancelier de Villeroy et le président Jeannin avec la Reine; il y opina, dont la Reine l'exempta de l'étude.

Le 12, mardi.—Il monte à neuf heures en la chambre de la marquise de Guiercheville, au-dessus de la sienne, où il voit danser le ballet des joueurs de courte-boule, par M. le baron de Palluau.

Le 17, dimanche.—La Reine le veut dissuader d'aller au ballet de M. de Vendôme, qui se devoit danser au Louvre, au-dessus de sa chambre, où logeoit Mme de Guiercheville, et pour ce qu'il n'aimoit pas à se parer en cérémonie, elle lui dit que s'il y veut aller, il faudra qu'il se pare: Hé! Madame, ce ne seroit pas mon carême-prenant, ce seroit ma semaine sainte. Il va au ballet.