Au loin, très loin, dans la grisaille mouillée du crépuscule, au fin fond du parc, un monumental Louis XIV équestre se silhouette en or, lauré comme un César; et des fagotteurs harassés sous leur charge, passent, rapetissés, presque au ras des gazons.

Mercredi, 2 novembre 1892.


[VIII]

L'AVEU

Pour Octave Uzanne.

«Les âmes d'automne! les fantaisies coupables, inconscientes, les convoitises maladives, les fleurs d'ennui, en somme! oui, je connais tout cela.» Et la jolie madame B..., qui me fait l'honneur de me suivre assidûment à travers mes écrits, s'arrêtait au beau milieu de l'allée, très occupée en apparence à dessiner je ne sais quel anagramme avec le bout de son en-cas, puis à brûle-pourpoint, avec un brusque sursaut de tout le buste: «Avez-vous lu Hœrès, le livre du fils Daudet?» Et sur mon signe d'assentiment: «Très curieux, n'est-ce pas? poursuivait-elle, ce problème de l'hérédité, et pourtant si cela était! Si nous avions en nous un être double, que dis-je? triple, quadruple, multiplié à l'infini; si nous vivions inconsciemment, indépendamment de notre volonté, la vie successive d'ascendants divers, tour à tour criminels, héroïques, dévoués et lâches, selon qu'aurait sonné à l'horloge de nos nerfs le réveil de tel ou tel ancêtre! Alors, plus de responsabilité!» Et comme je gardais le silence: «Un peu bien effrayante, hein! ne trouvez-vous pas la théorie du jeune Léon Daudet? Mais combien consolante aussi; consolante non, mais rassurante pour les consciences malades, pour vos âmes d'automne, qu'elle absout ou du moins qu'elle excuse, puisque la tare a été déposée en elles par des fautes antérieures, et que leurs faiblesses, en somme, à elles ne sont qu'un résultat d'actes accomplis!»

Je regardais de coin mon interlocutrice.