«—Le tirer de là! il s'agit donc de le sauver?

«—Oh! madame, écoutez-moi. Je ne sais pas ce que votre fils dépense pour moi, je sais que j'ai réduit mon train depuis que je l'aime. Je lui demande le moins possible, je sais que la pension d'André est un peu courte, et j'ai essayé de brider un peu mes fantaisies. Dernièrement, pourtant, je n'ai pu prendre sur moi de ne pas admirer un merveilleux collier d'émeraudes exposé par Bœhmer.

«—Aux Arts décoratifs? Je l'ai vu, mademoiselle.

«—N'est-ce pas que c'était une pièce admirable? faisait l'Italienne, rendue tout à coup à ses instincts.

«Mais devant l'œil froid de la mère la danseuse se reprenait et d'une voix précipitée:

«—Ce collier, ah! je le sens maintenant, je ne dissimulais pas assez la convoitise qu'il éveillait en moi, je m'extasiais sur la grosseur des pierres, sur leur eau et le travail de la monture; j'avais tout à fait oublié qu'André m'accompagnait. Dans la soirée, il m'arriva peut-être de reparler de ces émeraudes; mais le lendemain, je vous assure, madame, je les avais tout à fait oubliées. Je suis ainsi. Quand, avant-hier, en me mettant à table, j'y trouvai un écrin posé à ma place. Je regardai André assis en face de moi.

«—Mais ouvrez. Cet écrin est pour vous.

«Et, comme j'hésitais un peu, lui se levait, venait auprès de moi et faisait jouer la fermeture de la boîte de satin. Je poussais un cri. C'était le collier de Bœhmer. J'avais reconnu les émeraudes.

«—Quelle est cette plaisanterie? lui disais-je.

«—Mais il n'y pas de plaisanterie. Ce collier est à vous. Vous l'avez désiré, le voilà.