—Ah! il y en avait un faux?

—Parfaitement, la parure en double que Milla avait fait faire pour ses tournées.

—Et c'est le vrai qu'on lui a pris?

—Naturellement, ces messieurs ne s'y sont pas trompés… des professionnels!… Moi, je n'y voyais que du feu. Les deux colliers, le vrai et le faux reposaient, comme deux couleuvres jumelles, à la portée de la main, dans une grande verrine de Venise, sur la cheminée d'un petit salon attenant à la chambre; tout le monde pouvait les palper au passage; la maison de Milla est très accueillante, très ouverte, son petit hôtel est plein d'allées-et-venues. Milla aimait beaucoup faire admirer ses saphirs; moi, je ne reconnaissais les vrais des faux que dans la main: les vrais restent très froids au toucher, les autres prennent très vite la température de la peau. Au cou de Milla je ne faisais pas la différence: c'était la même eau, le même éclat profond de cristal.

—Et ces saphirs lui ont été volés chez elle?

—Mais oui, quelqu'un a passé, qui les a cueillis le plus simplement du monde dans leur coupe de verre irisé.

—Quelqu'un de l'intimité, alors?

—Apparemment.

—Et Milla a l'intimité très large.

—Forcément. Milla est très jolie, très à la mode; de plus, elle est artiste et écrivain: elle reçoit tous les mondes.