Les hommes, le teint fouetté par les courses au grand air, excursions en chaloupe à vapeur et records d'automobiles; les femmes, leur fraîcheur ravivée par le tub et les joues unies par la délicatesse d'imperceptibles fards, dégageaient tous une violente impression de haut luxe… Des gains et des pertes à la salle de jeu la conversation avait glissé aux potins. Un des dîneurs jetait le nom de la princesse Alexanieff. Il venait de lui en arriver une bien bonne.
—Qui ça, la princesse Alexanieff? demandait miss Bellah Duncan.
—Mais cette vieille folle qui ne quitte pas le tapis vert. Vous ne connaissez qu'elle.
—En vérité non, insistait la jolie Écossaise.
—Mais si, mais si. Vous ne pouvez pas entrer dans les salles de jeu sans tomber sur elle. Elle s'y rue à dix heures dès le matin, pour n'en sortir qu'à une heure. Vous l'y retrouverez à trois, pour l'y revoir encore à minuit; je ne crois même pas qu'elle dîne.
—Un phénomène, alors?
—Vous l'avez dit, un phénomène.
—Et jolie, cette princesse?
—Jolie!—et Léviston éclatait de rire—la princesse Alexanieff, mais une vieille joueuse, je vous le dis, desséchée par son vice, un vieux fantoche sans âge ni sexe enraciné par sa passion sur ce rocher de Monte-Carlo, et qui ne quitte jamais la Principauté.
—Même l'été?