«—No fate rumore (ne faites pas de bruit), vous m'avez donné cinq francs, je suis venu.
«Cinq francs… Il était venu!… Je ne comprenais pas.
«L'homme souriait toujours; ses yeux étincelaient dans l'ombre, phosphorescents et bleus comme une flamme d'alcool. Je le voyais frissonner de la nuque aux talons d'un imperceptible tremblement qui me gagnait à mon tour. Si je n'étais pas une libérée de préjugés, je pourrais dire que je donnai dix autres francs et que je congédiai cet homme, car j'avais enfin compris sa méprise et son désir. Mais nous étions là, seuls tous les deux dans la nuit, moi, femme de vingt-huit ans, lui, garçon de vingt-cinq; je voyais la nudité de son cou robuste; sa chemise entr'ouverte bâillait sur une poitrine velue et je ne voyais plus que cette poitrine; mes yeux se souvenaient de ses poings noueux et du sourire à dents blanches, aigu et goulu; j'éteignais la bougie, que j'avais instinctivement rallumée dans mon trouble, et le garçon éteignait sa lanterne. Deux bras nerveux m'étreignaient à la taille, un genou frôlait le mien, le poids d'un corps faisait craquer le lit… et ce fut une de ces étreintes…»
—D'Italie.
—Et tout cela pour la somme de cinq francs. Ah! c'est un pays unique pour les femmes qui voyagent seules, et, pourtant, comtesse, vous n'aviez pas majoré le pourboire…
Il y eut un silence.
—Et vous êtes partie le lendemain?
—Sans doute.
—Ce pauvre Autrichien! Vous n'avez pas eu la tentation de passer à Dezenano une autre nuit?
La comtesse Azimoff regardait de haut son interlocuteur; elle avait un imperceptible haussement d'épaules, tirait une cigarette d'Orient de son étui d'or incrusté d'opales et, avec une souveraine nonchalance: