—Au contraire, je vous juge très bien. C'est très fort, très fort, ce que vous faites là, Cantho. Vous méritez de réussir.
—Vous m'y aiderez?
—Dans la petite combinazione, mais comment donc! de tout mon possible. Mais vous allez du coup me brouiller avec ces pauvres peintres vénitiens.»
Toute la face camuse de Cantho pétillait de malice: ses prunelles, ses narines, ses lèvres, tout jusqu'à ses oreilles semblait rire dans la grimace enflammée de pourpre, qu'était devenu son visage.
—Mais non, mais non! se défendait Cantho; si leurs peintoures n'ont pas de sucés, ze les zignerai de mon nom et ze les venderai comme des z'études de moi et ze les venderai coume du pain.
Je me renversais un peu en arrière pour contempler cet homme admirable:
—Mon cher Cantho, vous êtes plus Parisien que moi et vous avez tout à m'apprendre. Vous avez sans doute déjà choisi votre salle d'exposition. Puis-je savoir où je serai convié à admirer vos toiles et celles de vos amis? Vous êtes, vous le savez, le seul, à mon avis, qui ayez compris et bien rendu Venise, son atmosphère de nacre humide et les gris infiniment doux et changeants des vieux dômes de marbre sur les ciels de l'Adriatique… Vous exposerez où?
—Mais çez Dourand-Ruel ou çez Zeorzes Petit.
—A merveille, vous avez du flair. Le loyer est un peu chaud, mais la publicité y est tout installée.
—Oh! la poublizité, interrompait Cantho, z'aurai oun zcandale, z'il le faut. Z'ai oune maîtreze très zalouse qui tirera oun coup de pistolet zour moi, zi z'est nézézaire. Ze l'ai ammenée eçprès avec moi d'Italie.