Cependant l’air fraîchit. Une brise, comme venue du large, baigne nos tempes martelées par la fièvre, et voilà qu’un grand lambeau d’azur, mais d’un azur qui moutonne comme une baie de l’Océan, apparaît dans l’échancrure de deux montagnes : c’est la mer. La colline en falaise qui cache Mostaganem s’est soudain abaissée et voici que nos rosses, que vient de ranimer ce changement de la température, hennissent et descendent maintenant au grand trot la rampe d’un chemin tout bordé de nopals, au flanc d’un inattendu repli de terrain.
Après ces mornes lieues de plaines ensoleillées et grises, nous filons dans le creux d’un vallon converti en culture : bosquets d’orangers au feuillage d’un vert dur, quinconces de citronniers aux frondaisons plus pâles, plantations de bananiers aux longues et souples feuilles déchirées par le vent, et chargés de régimes, carrés de choux de France et de petits pois à rames avec, au pied, des arbustes d’Afrique, des champs de violettes et d’entêtants narcisses criblés d’une jonchée de jaunes fruits tombés : tout un Éden de gourmandises et de parfums… et voilà que la colline en falaise, qui s’était abaissée, se relève. Nous roulons maintenant au fond du vallon, et dans les fissures du ciel blanc, comme craquelé de chaleur, des morceaux bleus font trou. La mer, elle, est devenue verte, du vert glauque strié d’écume des baies normandes et bretonnes, la mer des nostalgiques horizons de nos années d’enfance.
Dans tes algues vertes,
Mer, apporte-moi
Des plages désertes
Du bois pour mon toit,
De la poudre sèche,
Un fusil damasquiné,
Des filets de pêche,
Avec un ruban pour mon nouveau-né.