Enivrons-nous d’azur !

Là-bas, sur la colline,

Vois fleurir l’aubépine.

La neige des pommiers

Parfume les sentiers.

C’est une vieille mélodie de Gounod qui m’obsède, paroles de Lamartine, je crois ; j’ai chanté tout haut comme un somnambule et le son de ma voix vient de m’éveiller brusquement.

La neige des pommiers

Parfume les sentiers.

Je répète ces deux derniers vers et je ne puis m’empêcher de sourire, car moi aussi je vois clair dans mon cœur et comprends enfin le pourquoi de mon enthousiasme.

Ces amandiers neigeant aux revers des talus, ces branchages se détachant en clartés roses sur le bleu du ciel et de la mer, mais ce sont les pommiers de mon enfance, les pommiers des vergers normands et des côtes de la Manche : ces échappées d’azur à chaque tournant de route sont aussi bien de la Méditerranée que de l’Océan, l’Océan de lumière et de soie des belles journées de mai, quand, de Saint-Pol-de-Léon à Saint-Valery-en-Caux, pommiers, genêts et primerolles sont en fleurs. La Fontaine bleue, le Frais-Vallon, le Ruisseau, Birmandres, pourquoi pas Yport ou Vaucotte. Les falaises de mon pays ont ces vallonnements et ces replis de terrain ; la nostalgie chez moi s’est traduite aujourd’hui par un accès d’enthousiasme, et c’est une joie toute normande qui me fait depuis huit jours aimer Alger et sa banlieue, pareille à des paysages connus et chers.