La chanson le plus paisible,

Est la chanson des bergers !

Mais comment persuader à ces inconnues de me suivre à travers les broussailles et les pierres du maquis ! J’y ai pourtant passé les meilleures heures de mon séjour en Corse, couché à l’ombre grise d’un olivier géant, dans la chaleur des herbes et l’odeur allégée des térébinthes ; mais ces deux Parisiennes étaient aussi trop délicatement chaussées, je leur eusse au moins fait massacrer là cinq ou six louis de bottines !

Et pourtant, parmi les roches grimaçantes du Salario, dans l’ombre argentée de ce vrai bois sacré, Ajaccio n’était plus l’exil ; j’y lisais, il est vrai, et avec délices, l’Aventureuse, de Mathilde Sérao, et de Léon Daudet les Deux étreintes, deux œuvres chaudes, vibrantes et passionnées, toutes frémissantes du soleil du Midi dans des cadres d’Italie et de Provence. Mais quel charme familier et quelle grâce antique avait aussi ce verger d’oliviers !

De vieilles aïeules, l’air de stregga vecchia sous leur faldetta noire, y ramassaient des olives tombées, tandis que, à mes pieds, la ville bourdonnait tout à coup d’une immense rumeur, les cris joyeux de la sortie des écoles, et que les neiges du Monte d’Oro, soudain allumées dans un merveilleux jeu de lumière, m’annonçaient avec le crépuscule qu’il était l’heure de rentrer.

LES VOCERI

O mon large d’épaules, toi qui avais la taille dégagée, nul ne t’était comparable ; tu ressemblais à un rameau fleuri, ô Canino, cœur de ta sœur, ils l’ont privé de la vie.

A rien ne te servit l’arquebuse, à rien ne te servit le fusil, à rien ne te servit le poignard, ni le pistolet, ni l’oraison bénite.

Loups contre un agneau, ils se sont tous réunis et, quand ils arrivèrent dans la montagne, ils te coupèrent la gorge.

Au pays de Nazza je veux planter une épine noire, pour que de notre race nul ne passe désormais ; car ce ne furent ni un, ni trois, ni quatre, mais sept hommes contre un.