En faveur de ce charmant dauphin, le roi voulut bien pardonner à la reine, mais il ordonna la mort immédiate de l’affreux monstrillon.

Quand la reine reprit ses esprits, ce fut pour apprendre l’horrible sentence; elle l’accueillit d’un œil sec et sans trop de regrets, car elle était orgueilleuse de la beauté des siens et de la sienne plus encore, et sa vanité ulcérée ne pouvait se consoler d’avoir donné le jour à un monstre. Elle s’endormit donc vers le couvre-feu assez paisiblement, quand, au milieu de la nuit, elle fut réveillée par de légers vagissements. Un enfant pleurait dans la pièce voisine et une voix de vieille femme chantonnait une chanson de nourrice; la reine sentit un vague pressentiment l’étreindre au cœur. Quoique encore bien faible, elle trouva la force de se traîner hors de son lit dans la haute pièce, entre ses femmes endormies, et de pousser la porte.

Au beau milieu d’une chambre très éclairée, la plus vieille des sages-femmes qui l’avaient assistée, se tenait assise auprès d’un berceau, tandis qu’aux murailles, des servantes sommeillaient accroupies. Dans le berceau, sous un béguin de soie blanche fleurdelysé de perles destiné à l’héritier royal, dormait, les yeux grands ouverts, — des yeux énormes et somnambules, — la grenouille hallucinée; ses deux petites pattes palmées tenaient sur sa poitrine un rameau de buis vert.

La vieille sage-femme le balançait doucement du pied et chevrotait sur un air très ancien ces mystérieuses paroles:

Les tiens te dédaignent

Et tu meurs d’amour,