—On y va, voilà! on y va! A tout à l'heure, la môme.
Et le lutteur, attirant contre lui la femme qui, d'une voix sourde lui parlait et l'adjurait dans l'ombre, l'embrassait longuement sur les lèvres: une brusque étreinte, un baiser de passion éperdue, où la femme frémissante demeurait comme agrafée à la bouche de l'homme, et le lutteur, rajustant son peplum rouge sur la nudité de son torse, regagnait en deux enjambées les tréteaux de la baraque Grosbois.
—Attends-moi chez le marchand de vins, chérie, au lieu de t'énerver dans la foule. Tu te manges les sangs à regarder toutes ces poupées, et puis, tu sais, Grosbois aime autant qu'on ne te voit pas rôder devant la parade. C'est la dernière séance, chérie. A tout à l'heure.
—Un gant, qui veut un gant, messieurs les amateurs? vociférait avec des gestes de matamore M. Alphonse lui-même, le directeur des Arènes Grosbois.
—Ah! nous étions bien sûres qu'on vous retrouverait ici. Bonsoir, comte. Bonsoir, comtesse!»
Tout un groupe de femmes élégantes, manteaux de drap pâle brodés et rebrodés et volumineux chapeaux de gaze de tulle noir, faisait une ovation bruyante à la comtesse de Farandeuil; toute une escouade d'hommes en habit s'empressait autour de la jeune femme; on secouait la main de Durtal et du comte. La victoria venait de s'arrêter devant la parade de la baraque Grosbois. Trois automobiles y stationnaient déjà sous pression.
—Il y a longtemps que vous êtes ici?
—Nous! un bon quart d'heure. Nous avons déjà fait la Ferme auvergnate et deux tours de toboggan.
—Pas trop cahotée sur cette route du Pecq, comtesse?