La cadette des demoiselles Mantelot avait, en effet, changé sa coiffure. Elle avait remarqué qu'une persienne s'entre-bâillait au rez-de-chaussée, chaque fois qu'elle et ses sœurs sortaient de l'hôtel de la rue de Berlin, et, derrière cette persienne, la fine mouche avait très bien distingué une face blême de vieillard. Alice Mantelot portait maintenant ses longs cheveux en bandeaux, comme l'effigie en cire de lady Asthiner.

Le fait est qu'Alice rappelait à s'y méprendre la poupée de la rue de Berlin. Comment Mme Mantelot ne s'en était-elle pas avisée plus tôt! La mère et les filles échangeaient un regard complice. Ces dames prirent désormais tous les jours le chemin de l'hôtel Asthiner; on prit même l'habitude d'y laisser Alice agenouillée, en contemplation devant la morte. Elle demeurait là, durant des heures, comme en extase, travaillant une funèbre ressemblance dans la tension de tout son être et de son joli visage offert de profil, et il n'était pas rare qu'un vieux monsieur ne vint rôder à pas de loup autour de la jeune fervente, fervente d'une beauté dont elle semblait l'héritière. Mais le vieux monsieur, comme épeuré, tournait et tournaillait à pas menus autour de cette ardeur adorante et ne se déclarait pas.

—Comme elle était belle! se hasardait à dire un jour la jeune fille, au moment où elle sentait haleter derrière elle le souffle du vieillard.

Alors, lui, avec un élan brusque:

—Et comme vous lui ressemblez!

—Moi, je lui ressemble! Et à qui?

Et Alice Mantelot jouait l'étonnement.

—Mais à elle! à elle! Je l'ai connue, moi, je suis lord Asthiner.»

Et le vieil homme bégayait, et la jeune fille de dire son culte, son admiration, sa véritable religion pour la morte. Comme elle était belle! Comme elle avait dû être aimée! Et quelle bonté, quelle angélique douceur répandue sur ce visage!

Et le veuf l'écoutait avec ravissement.