Des D'Anglada, des fleurs délicieusement chimériques d'Henri Dumont, des marines savoureuses de Morrice, des fluides et lointaines Venises d'Irwil, naturellement, il n'était pas question. Ce n'était que de la peinture, et ce n'est pas la peinture que vient voir le monde du vernissage! il y a beau temps que dans cette foire aux vanités chacun vient s'exhiber et toiser de haut son voisin!
Un peu las, un peu curieux aussi, nous rôdions désemparés, Surville et moi, autour du Penseur de Rodin, honoré d'un bref regard par les nouveaux arrivants, parce que Rodin, après tout, avait été quelque peu claironné le matin dans la presse. Mais tout ce beau monde était, en effet, bien plus désireux d'aller faire des mots devant les Faunes de Latouche, les portraits d'Aman-Jean et même ceux de Bernard.
—Non, ce n'est plus ça du tout, soupirait Surville. Tout s'en va. Vous rappelez-vous quelles fêtes d'élégance et d'esprit et de snobisme aussi étaient ces vernissages au Palais de l'Industrie, et même au Champ-de-Mars?...
«Vous souvenez-vous des triomphantes entrées de «notre Sarah», au milieu de la Légion sacrée, comme les appelait Sarcey? Des mouvements de foule se précipitant au-devant de la tragédienne! Le bruit de sa venue se propageait de groupe en groupe et le public lui faisait cortège. C'était la marche à pas lents, comme d'une Reine au milieu de sa Cour, de la blonde, de la fine, de la souple, de la Divine et de l'Unique, sa petite tête auréolée d'or pâle, ses larges yeux de violette—qui furent, tour à tour, ceux de Cléopâtre et de Théodora—volontairement lointains, imprécis, sans regard?... Et toute cette parade et toute cette renommée et toute cette gloire d'alors, encensées, adulées, adorées, entourées par tout ce que Paris comptait alors de talents, de réputations, d'esprit, et d'hommes politiques, de diplomates et de sculpteurs?... Les apparitions de Sarah Bernhardt aux vernissages, mais c'est toute une époque, toute une société, aujourd'hui disparue... déjà!
«Elle était l'âme de ces fêtes, la vraie souveraine de ces jours-là. Tout Paris l'y acclamait, Paris artiste et Paris public, tous deux heureux de se trouver de plain-pied avec l'idole. L'idole n'y apparaît même plus maintenant—même incognito. Qu'y viendrait-elle faire? C'est qu'alors il y avait, en France, une autre fièvre d'art.
«La peinture, comme la sculpture, la littérature aussi y étaient moins commerciales, moins réclamières, moins mercantiles. Les marchands n'avaient pas encore envahi le Temple. Mais où sont les neiges d'antan?...»
Et Surville se dirigeait vers les salles des objets d'art, nostalgique et soupirant.
—En effet, il fait moins froid ici, faisais-je enchanté à part moi d'être enfin sorti des ténèbres glacées, où la Société nationale parque ses statues souterraines.
Mais Surville, tout à son idée première: