Nous nous penchions tous intrigués.

—Mais je n'ai rien mis! Qu'est que c'est que ça?»

Et Quinsonnas se penchait à son tour.

—Tu n'as rien mis, farceur! Tu lui as même ôté la tête.»

Une nudité de femme s'étalait là, sur le pavé. La chair d'un ton de cire était imitée à s'y méprendre avec la tache violâtre des seins et le bas-ventre ombré d'un fin duvet blond. C'était un corps de femme jeune, aux hanches un peu plates, aux jambes un peu longues, mais aux attaches délicates.

—Un Jean Goujon, faisait Faverny en résumant la beauté du pseudo-cadavre.—Où t'es-tu procuré ça, Quinsonnas?—Mais vous êtes fous, je vous assure.—Et tu l'as décapitée pour rien, n'est-ce pas? L'homme coupé en morceaux. Pas drôle, cette farce inspirée de la Morgue!»

Vergy, lui, pendant notre discussion s'était agenouillé près du mannequin. Il le palpait curieusement et tout à coup d'une voix changée:

—Messieurs, mes amis, c'est pas une blague. C'est une vraie femme, c'est une morte!»

Une morte! Nous nous étions tous reculés, d'instinct! Une morte! Une femme sans tête, assassinée sûrement et déposée là, sous la porte cochère de la maison, et c'est nous qui venions butter dans ce cadavre... Quelque fille surinée par son souteneur! Dans quelle horreur et quelle sinistre aventure venions-nous patauger là? dans quelle sanie et dans quelle boue?

C'était bien une femme décapitée, et la mort devait être récente, car les membres avaient encore une certaine souplesse. La section du cou avait dû être faite par un homme du métier, un chirurgien ou un boucher, car la plaie, saine et bien nette, ne présentait aucune écharde sanglante et, de plus, cette plaie avait été lavée.