Il faisait replacer le cadavre dans la position où nous l'avions trouvé quand Baudran avait butté contre, puis se faisait raconter en termes explicites comment nous l'avions trouvé là, notait l'heure exacte de la découverte, scrutait du regard tous les spectateurs et dressait la liste des locataires.

Pour lui, comme pour nous, le cadavre venait de dehors. On l'avait apporté là, et de loin pour dérouter la police, et sûrement en voiture; il prenait le concierge à partie:

—A qui avait-il ouvert cette nuit?

Mais M. Bézuchet ne se souvenait pas. Il tirait machinalement son cordon et passait les nuits dans un demi-sommeil.

—Mais enfin, qui est rentré en voiture?... Puisque tous les locataires sont là, c'est facile de savoir. A partir de onze heures?...»

Les gens du premier avaient été à l'Opéra et étaient rentrés à minuit et quart, et le corps n'était pas encore là.

—La dame du quatrième était allée au bal avec sa fille et était revenue, elle, à une heure et demie, même qu'elle leur avait servi un reste de gigot pour souper. (C'était leur cuisinière qui parlait.)

Le cadavre avait donc dû être introduit et déposé entre une heure et demie et deux heures, et pourtant Quinsonnas, quelques minutes avant de descendre, avait fait cette remarque: «Il doit être tard, on n'entend pas rouler de voitures.»

Bref, l'affaire s'instruisit et poursuivit son cours; nous fûmes tous les dix appelés à l'instruction et dérangés, combien de fois, mon Dieu! Et l'affaire enfin fut classée..., classée, malgré le bluffage de la presse et les fortes primes promises. La morte demeura inconnue, le cadavre demeura exposé près d'un mois à la Morgue, mais personne ne put mettre un nom sur la décapitée; et, pourtant, la trouvaille coïncidait avec quelques disparitions de femmes dans Paris; mais, des femmes et des hommes, il en disparaît et il s'en retrouve tous les jours.