C'était une figure nue, de taille moyenne, plutôt petite et d'une pureté de lignes incomparable. Elle se tenait debout au pied de mon lit, légèrement renversée en arrière et comme flottante dans la chambre; ses orteils ne touchaient pas le sol; elle paraissait dormir.

Les paupières baissées, les lèvres entr'ouvertes, sa nudité s'offrait, abandonnée et chaste; ses bras nus croisés sur sa nuque soutenaient sa tête en extase, et la cambrure de son torse s'en effilait, ponctué aux aisselles de rouille.

C'était une vision délirante; sa chair avait des transparences de jade; mais de son front diadémé d'émeraudes voltigeait et coulait un voile de gaze noire, une vapeur de crêpe qui dérobait le sexe et s'enroulait aux hanches pour se nouer comme un lien autour des deux chevilles, aggravant de mystère la pâle apparition.

Et j'aurais voulu connaître le regard caché sous ses paupières closes. Un secret pressentiment me disait que cette nudité léthargique possédait l'énigme de ma guérison, cette figure en extase de morte amoureuse était la vivante incarnation de mon secret.

Et ces mots frémirent à mon oreille: «Astarté, Acté, Alexandrie.» Et la figure s'évanouit.

Astarté, le nom de la Vénus syrienne; Acté, celui d'une affranchie; Alexandrie, la ville des Ptolémées, des courtisanes et des philosophes; Astarté! le nom d'un démon aussi.

Paris, 28 juillet.—Je pars demain pour l'Égypte.»

Ainsi finissait le manuscrit de M. de Phocas.

FIN