J'en arrive à arpenter, le soir, les boulevards extérieurs, à m'intéresser au guet rôdeur des filles;... la basse prostitution m'excite et m'affriande avec ses relents de musc, d'alcool et de blanc gras.
Pis: après l'ivresse crapuleuse des bals musettes, j'ai connu le besoin hystérique d'en suivre les couples dans les escaliers gluants des garnis..., j'en ai poussé la petite porte à claire-voie et, avec une compagne de hasard, j'ai connu les transes des querelles et des marchandages entendus à travers la cloison, la fièvre délirante de ruts et d'amours de fauves aussi! Oh! le bruit des assauts surpris! Parfois des baisers finissaient par des coups, et c'était sur le plancher le raclement de sourdes luttes, d'atroces corps-à-corps; des voix de femmes qu'on étrangle criaient au secours; et les craquements des sommiers gémissants de secousses m'emplissaient moins de joie que certains affreux silences, après des râles et des sanglots. Et puis, la lancinante angoisse d'un crime peut-être commis, et les étreintes au cœur dans l'attente d'une descente de police.
La rafle, la terrible rafle et la conduite à la Préfecture, qui jette au bas des lits les souteneurs et les filles et remplit d'apeurées galopades les couloirs des gîtes à la nuit; dire que moi, le duc de Fréneuse, j'ai passé des heures et des heures à attendre et à redouter cela!
Oh! le poignant émoi des guets-apens et des rixes, les veillées d'effarement et de sueurs dans les meublés coupe-gorge du boulevard Ornano et des Quatre-Chemins, et le coup de couteau final au bout de tout cela, peut-être! Oui, je suis bien au bord du gouffre, Ethal ne peut me mener plus loin.
UNE LUEUR
Un soir que je dormais près d'une affreuse juive...
Baudelaire.
Adieu: je sens qu'en cette vie
Je ne te reverrai jamais!
Dieu passe, il t'emmène et m'oublie.