Plus souvent l'idylle est un oaristys et l'oaristys un beau crime: la grande ville qui verse là tous ses déchets y souffle une haleine de purin gâté qui corrompt la moelle et les âmes. Là, dans ces coins perdus, longés par les remparts et la voie de ceinture, à la nuit tombante, l'ouvrier endormi, le front entre ses mains, à même le talus et ses herbes lépreuses, se réveille rôdeur, grinche et souteneur, le gamin gouailleur qui vous criait hier le programme de Buffalo, aujourd'hui celui de la Plaza à la Porte-Maillot dès le gaz allumé, fait ses premiers débuts à l'ombre des taillis, pour Fresnes ou Poissy, client indifférent de Cythère ou de Sodome; quant à la pierreuse en cheveux qui va devant vous tortillant la croupe et faisant sonner sur la route le haut talon de ses bottines, la nuit tombée, elle détrousse et surine.

La pierreuse de la banlieue, la rôdeuse des fortifes! Le bois de Boulogne et le bois de Vincennes devenant dans l'ombre descendue le rendez-vous de tous les vices errants, de toutes les folies et tous les ruts! Si les allées de la Muette, si les fossés des fortifications pouvaient raconter l'odyssée de tous les cadavres trouvés: les fossés, assommés sur les glacis; les allées, pendus à leurs arbres!

La prostituée des terrains vagues et des routes suburbaines, la marchande d'amour des carrières d'Issy et des abattoirs de la Villette, demandez au Petit Parquet, au Dépôt et à la Préfecture son rôle effrayant et constant dans la statistique des assassinats et des vols, et son avoir dans le grand Livre du crime.

Dans le musée criminel de M. Macé, elle s'appelle Hortense Louet, c'est l'héroïne de l'affaire de la tour Malakoff.

Cette tour tombée sous le canon prussien, était avant la guerre un rendez-vous champêtre où l'on dansait le dimanche. Bâtie aux portes de Paris en 1855, par M. Chamelot, l'ancien rôtisseur de la rue Dauphine, c'était le Robinson de Vaugirard et de Montparnasse.

Le 27 août 1876, la gardienne de cette tour, une femme Peltier, âgée de soixante-quatre ans, disparaissait; le 28, on retrouvait son cadavre au fond du puits: le mari de la victime constata que les boucles d'oreilles, les bagues et la montre de sa femme lui avaient été enlevées.

Les soupçons se portèrent sur un nommé Albert âgé de vingt-cinq ans, tantôt briquetier et surtout souteneur, et la prostituée Hortense Louet, sa maîtresse, que les époux Peltier avaient par charité autorisée à coucher dans une des chambres ruinées de la tour.

Les recherches durèrent dix mois sans résultat; on allait clore l'instruction quand le 1er juin 1879, l'assassin se constituait prisonnier. Il voulait se venger de sa concubine qui, après l'avoir poussé au crime, l'aurait abandonné pour suivre un autre amant.

La fille Louet, âgée de trente ans, fut arrêtée, et Albert rejeta sur elle la responsabilité du forfait; des interrogatoires l'évidence s'établit qu'ils avaient, de concert, attiré leur victime dans la cave, sous prétexte d'y rechercher des lapins perdus.

C'est là que, sans défense, la femme Peltier fut étranglée. Comme la mort n'arrivait pas assez vite, Albert lui cogna la tête sur le sol.